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Citroën Méhari

les années bonheur

Par Patrice VERGÈS le 21 mars 2008

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Comme la 2CV, son dérivé la Méhari est devenue une voiture culte. En plus de tous les symboles véhiculés par la 2CV, elle apporte la joie de vivre colorisée des années 70. Retour vers une certaine idée du bonheur.

Compulser une publicité d’époque en couleur de la Méhari génère aujourd’hui l’étrange sentiment qu’on devait être plus heureux avant. Est-ce le fait que les belles créatures blondes dont les mini jupes dévoilent des jambes sans fin, rient aux éclats alors que les mannequins d’aujourd’hui font la gueule. Peut-être. Ou plus simplement parce que chacune d’elles est essentiellement liée au plaisir; balade, pique nique, baignade, pêche, golf. On n’imagine absolument pas qu’un possesseur de Méhari ait pu être malheureux.

Le jouet
les années bonheur

Cette année la Méhari qui fête son quarantième anniversaire n’a pas vieilli

Sa bouille terriblement sympathique doit beaucoup jouer dans cet affect. En voyant sa silhouette cubique intemporelle on n’imagine pas un seul instant qu’elle a vu le jour il y a 40 ans. Ses formes inspirées par la logique la situent hors des modes. Si on refaisait la Méhari aujourd’hui, on la referait exactement pareille. Elle ferait encore songer à la petite voiture en plastique moulé rouge ou verte qu’on faisait rouler sur la table de la cuisine lorsqu’on était gamin. C’est un jouet grandeur nature pour adulte.

Ce véhicule a été réalisé sur la base de la 2CV Citroën, ou pour être plus précis sur celle de la Dyane 6 qui prêtait sa mécanique plus puissante. Un vaillant bi-cylindres de 602 cm3 refroidi par air au bruit reconnaissable entre mille délivrant 26 ch DIN (29 en fin de carrière). On sait aussi qu’elle a été pensée dans l’esprit de la Mini-Moke ou plutôt d’une Jeep par une société indépendante de Citroën.

Si au départ dans l’esprit de ses créateurs, il s’agissait avant tout d’un véhicule utilitaire, très rapidement, il s’est orienté vers les loisirs. Cela étant les administrations, les pompiers, l’armée furent de gros consommateurs de Méhari.

Pire qu’une 2CV
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La capote aux fixations simplistes donnait une ambiance intérieure « joyeuse. » à hautes vitesses, c’est à dire 80 km/h

Au volant, une Méhari, c’était une 2CV mais en pire dont elle avait conservé les qualités et les défauts. Sa fameuse suspension hyper souple qui en balançant mollement ses passagers digérait les creux des chemins. Sa relative bonne garde au sol lui permettait de grimper partout à condition que ça ne monte pas trop. Son adhérence la rendait sûre sur le goudron, efficace sur la terre, impériale sur la neige en se contentant de boire 7 litres aux 100 avec un entretien symbolique.

Avec 1,60m2 de surface utile derrière les deux sièges avant, il n’y avait pas mieux qu’elle pour transporter un gros meuble. Elle était sans rivale pour débarrasser une cave en accueillant 400 kilos de charge utile ou transporter une tondeuse à gazon. Portée de bon service, elle n’avait pourtant pas l’image d’un utilitaire et encore moins de celle d‘une voiture de pauvre comme la 2 CV et la 4L à cette époque.

ABS comme Acrylonitrile Butadine Styrène
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La planche de bord moulée qui reprenait l’instrumentation de la 2CV était d’un entretien facile

Le trait de génie de ses concepteurs fut de la mouler en ABS ( Acrylonitrile Butadine Styrène) matériau composite thermoplastique flexible teinté dans la masse qui la rendait non seulement capable d’être produite à la chaîne et surtout insensible à la corrosion et aux légers chocs. En cas de gros pépin, il suffisait de changer l’un des 11 éléments qui composaient la carrosserie fixée sur une fine structure tubulaire rivée sur la plate forme de la Dyane

Elle autorisait tout ce qu’on s’interdisait avec une voiture normale ; grimper à bord avec des bottes crottées au retour de la chasse, jeter des épuisettes dégoulinantes sur son plancher se lever de son siège en roulant, monter et descendre les trottoirs, pouvoir frotter sa carrosserie contre les autres sans dommage apparent. Rire de tout et de rien.

Un DC3 au décollage
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C’est une voiture qui donne une certaine idée du bonheur.

Le grand plaisir du méhariste consistait à rouler les cheveux au vent, pare-brise abaissé et portillons avant optionnels enlevés. Accroché au grand volant trop horizontal de la Dyane, à 100 km/h maxi, l’accélérateur soudé au plancher, surfant sur les bosses, son conducteur avait le sentiment de maîtriser un DC3 au décollage. Bruit assourdissant du vent tourbillonnant autour de ses jambes, grincement divers de la carrosserie, claquement du hayon, jappement du flat-twin, chuintement de la transmission, clappement de la suspension malmenée. Jubilatoire. Du moins pas trop longtemps.

Saoulé par tous ses sens, il remontait vite avec une patience folle (œillets) la capote avec ses glaces souples en vinyle qui la rendait un peu plus confortable mais encore follement bruyante et toujours extrêmement ventilée. Eté comme hiver. Décapotée, c’est là qu’elle était la plus séduisante car elle transformait son conducteur en baroudeur.

Week end car
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La suspension de la Méhari issue de celle de la 2CV lui permettait d’avaler les creux et les bosses

Sa trop faible puissance lui empêchera de connaître une carrière mondiale. Car l’intelligence de la Méhari méritait mieux que ses 145.000 exemplaires dont seulement 1.213 en version 4X4 produits en 18 ans de vie.

A l’inverse de la 2CV dont la cote chuta avant de remonter, elle ne connut jamais de creux de vague car en fin de carrière elle fut adoptée par tous les possesseurs de maisons de vacances qui en firent le véhicule idéal dédié uniquement aux loisirs et au bricolage. Dans la pénombre d’une grange, en déchargeant lentement mais sûrement sa trop petite batterie, elle attendit patiemment ses propriétaires venus lui redonner la vie le temps d’un week-end, de vacances d’hiver ou d’été.

Inventer les souvenirs
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La Méhari a participé à beaucoup de raids très à la mode dans les années 70

Elle, qui n’était pas une voiture chère de son vivant, vendue autour de 10% de plus ( en 2 places) que la 2 CV l’est devenue dans ses vieux jours. Comme beaucoup roulent encore, de nombreuses officines se sont spécialisées dans la reconstruction de Méhari remoulant des panneaux de carrosserie en ABS qui ont souvent mal vieilli car ils n’étaient pas traités contre les UV.

Les prix s’envolent s’étageant selon l’état de 5 à 10.000 €. C’est beaucoup pour un ersatz de 2 CV mais ce n’est pas beaucoup pour se payer un voyage dans l’univers des années 70 et s’inventer les souvenirs qui vont avec. Voyage automobile d’où l’on revient avec, hélas, pas de réponse à la question : est-ce que c’était mieux avant ?