Type H :

A plein Tub !

Par Patrice VERGES le 28 novembre 2007

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Né il y a juste 60 ans, le Tub n’est pas un simple utilitaire. C’est la France artisanale sur 4 roues. Pendant près de 50 ans, son nom a évoqué le boucher, le boulanger, le postier, le brocanteur, la police. Fait étonnant, le Tub ne s’est jamais appelé Tub ou tube mais Type H.

A plein Tub !

Le visage de bouledogue du Type H a bercé plusieurs générations

On a tous en nous quelque chose du Tub. Des souvenirs d’enfance, des souvenirs d’en France. Si on le croise encore sur des foires et vide-grenier de villages, il se fait rare.

Pourtant le Tub a été l’utilitaire avec un grand U des années 50 à 80. Il faut dire qu’il a connu une longévité exceptionnelle produit de fin1947 à 1981 à plus de 473.000 exemplaires ; un chiffre colossal pour un utilitaire.

Un air de bouledogue
A plein Tub !

Le H était livré en série avec un empattement court de 2,55 m autorisant un volume de 7,3 m3. Dans les versions allongées et rehaussées, ce volume grimpait à près de 17 m3 !

Pourtant, il n’était pas beau avec son physique de gros bouledogue aux yeux écarquillés et ses surfaces planes curieusement ondulés aux angles taillés à la serpe. Beau et bon, on ne peut pas être. Mais, il était follement sympathique car il véhiculait les valeurs de ceux qui le conduisaient.

De la France qui travaille, du boucher sympa ou épicier bavard annonçant leur tournée par de brefs coups d’avertisseur dont le son habite encore nos mémoires. Tous les artisans roulaient en Tub car il était follement pratique avec son plancher surbaissé autorisant la position debout à celui qui ne dépassait pas 1,80 m et sa porte latérale coulissante s’ouvrant d’un ample geste de la main et son hayon qui tout en dégageant bien l’arrière pouvait servir d’auvent. Idéal pour l’épicier du village.

C’était aussi le véhicule de la fourrière et de police qui s’en servait comme « panier à salade » nom dû à ses fenêtres grillagées rappelant cet ustensile de cuisine réalisé alors en métal. Aujourd’hui, le Tub est même la vedette mécanique d’une série télé qui cartonne sur France 3 nommée « Louis la Brocante » interprété par Victor Lanoux.

Chaque épisode nous donne l’envie de conduire un Tub et surtout d’en descendre aussi facilement grâce à la poignée située le long du pare-brise.

Si pratique à conduire
A plein Tub !

Sa faible hauteur de plancher (48 cm du sol) et sa porte arrière ouvrante en trois volets ont fait son succès auprès des épiciers

Le Tub était sympathique à conduire car il était facile d’accès pour son conducteur à cause de ses portes s’ouvrant d’avant à arrière et son petit marchepieds antidérapant.

Il apparaissait très sécurisant surtout lorsque la chaussée était grasse et vicieuse fort de sa traction avant offrant une excellente adhérence aux roues antérieures et sa structure monocoque bien rigide que n’offrait pas son concurrent le 1.400 kilos Renault ou R 2060 pour les intimes.

Certes, le Type H n’était pas un foudre de guerre entraîné par son bon vieux et gourmand moteur de Traction Avant ( plus de 15 litres aux 100 !) monté au milieu de la cabine aux confortables sièges à lanières type 2 CV.

l ne délivrait que 35 ch sur les premiers modèles autorisant un maximum de 78 km/h dans un vacarme d’enfer à fond de trois car la boîte du H ne savait compter que jusqu’à trois ce qui fut son seul gros défaut surtout en charge.

Rien ne l'arrêtait
A plein Tub !

Le Type H dont la charge utile à été portée à 1.600 kilos dans les années 70 était proposée avec plusieurs carrosseries notamment plateau cabine

Au fil de son interminable carrière, bien sûr, il gagna parcimonieusement quelques chevaux (58 ch) qui lui permirent de frôler les 105 km/h dès 1968. Même davantage en descente. Depuis 1960, il avait reçu en option un diesel de 1.621 cm3 Perkins d’origine anglaise, puis française (Indénor) dès 1965 beaucoup moins gourmand, mais pas plus violent avec ses petits 41 ch.

Mais rien ne l’arrêtait, ni la neige, ni la charge qui passa de 850 à 1.200 kilos puis 1.500 kilos dès 1959 et enfin 1.600, ni les objets encombrants sur les multiples versions allongées proposée par des carrossiers agrées. Il n’y avait pas deux H pareils !.

Il était proposé en plateau à ridelle, plateau cabine avec plusieurs empattement au choix autorisant les carrosseries les plus folles proposées par Gruau, Heuliez et surtout Le Bastard spécialisé dans les voitures publicitaires du Tour de France. Qui n’a pas croisé des Type H en forme de poste de télévision ou de tube de colle Scotch ?

Le grand frère de la 2 CV
A plein Tub !

Il a été très apprécié en bétaillère livrée avec le certificat d’étanchéité des Service Vétérinaires. Pour transporter des chevaux, il recevait un toit surélevé

Il était formidablement populaire car on le considérait un peu comme le grand frère de la 2 CV à cause de son air de famille né de l’utilisation de ses phares, de sa lunette arrière verticale sur les premières versions et de sa tôle ondulé couleur gris aluminium. Son absence de grâce et de fard lui donnaient un aspect raisonnable et économe voire humble comme la 2 CV.

Son orgueil, c’était sa modestie. D’ailleurs, il avait été étudié dans le même esprit qu’on peut qualifier de sordidement économique par son même père géniteur Pierre Jules Boulanger pendant les années de guerre.

Pour faire simple et pas cher, il utilisait un maximum de pièces de 2 CV et de Traction 11 CV comme la peinture grise qui était au départ un simple revêtement anti-rouille. Sa tôle ondulée permettait l’emploi de tôles plus minces que cette technique issue de l’aviation rigidifiait.

Parfum de Gitanes, de rillettes, de pastis
A plein Tub !

En 1947, le Type H se distinguait par sa meilleure tenue de route que celle de ses concurrents. Né avec 35 ch, son vieux 1.911 cm3 issu de la Traction en délivrait plus de 50 à la fin des années 70 où il dépassait la vitesse hallucinante de 100 km/h !

Le Tub avait un parfum de France, de Ricard, de Gitanes maïs, de rillettes, de camembert, de baguette et de béret basque, de chacun remet sa tournée, du bon copain serviable toujours prêt à aider l’autre pour déménager quelques meubles ou de vacances car il offrait le gîte à condition d’avoir un matelas pneumatique. Ce fut un camping car avant l’heure !

On était si copain avec lui qu’on avait oublié son nom de famille au profit de son surnom Tube. En fait Tube était issu de TUB lettres signifiant Traction Utilitaire Basse. Gag, ce nom ne lui était pas destiné. C’était celui d’un utilitaire Citroën produit avant la guerre à moins de 3.000 exemplaires dont il s’inspira fortement notamment sa traction avant.

En fait le Tub s’appelait H. Pourquoi H ? Car c’est la huitième lettre de l’alphabet, huitième projet du bureau d’études tout simplement dont la 2CV était le premier d’où Type A pour cette berline. L’histoire lui a donné un nom et son nom lui a donné une histoire. Notre histoire.

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