Honda S 800 : Tout pour la musique !
Tout pour la musique ! (1/2)
Par Patrice VERGES le 24 décembre 2005
Certaines voitures ont marqué davantage notre mémoire que d'autres pour des raisons souvent diverses. Parfois tout simplement parce qu'elles ont accompagné une période de notre existence. Evoquer la Honda S 800, c'est aussi se souvenir des choses de la vie.

C'était les années sixties, Sheila triomphait au hit parade, les pantalons pattes d'éléphant et les cheveux longs aussi.
En 1966, dans le petit monde des sports mécaniques, Honda avait alors une résonance magique. Non seulement la marque japonaise démontrait une insolente supériorité en Grand Prix sur 2 roues, mais elle s'était lancée en compétition avec succès sur quatre roues.
Cette année-là, la terrible Brabham Honda formule 2 avait tourné autour de ses adversaires, pendant que la F1 12 cylindres faisait des débuts prometteurs en Grand Prix.
Et voilà que fin 1966, le jeune constructeur japonais décide de s'attaquer à la vieille Europe avec une minuscule voiture baptisée S 800 dérivée des versions 500 et 600 déjà vues au Japon.
D'emblée, cette sportive alluma le feu dans le cour des garçons de sa génération dont les cheveux s'allongeaient au fur et à mesure que les jupes des filles raccourcissaient sur un fond sonore de quatre garçons dans le vent. C'était, il y a un presque 40 ans.
D'abord par son prix canon de 9.990 francs, inférieur à celui d'une Spit ou MG Midget, la Honda S 800 était un rêve accessible pour la jeunesse.
Physiquement, malgré sa courte silhouette ramassée sur 333 centimètres, son sensuel bossage de capot, et surtout sa lunette hayon lui donnaient des faux airs de Jaguar E revisité à l'échelle 5/8 ème. Avec ses deux sorties d'échappement séparées, son gros bouchon de réservoir type compétition, elle transpirait l'agressivité.
L'intérieur étonnait par sa finition sobre mais soignée inconnue alors sur une petite voiture et son équipement digne d'une grosse cylindrée.

Le cabriolet qui avait un aspect moins agressif que le coupé était vendu près de 20% plus cher !
Siéges baquet, très beau volant à trois branches métallique dont on voulait ignorer que la jante en bois n'était que du plastique couleur chocolat au lait.
Démarreur à gauche style Porsche 911, deux vitesses d'essuie-glace et de chauffage, voyant de frein à main autour de quelques manomètres ciselés d'aluminium, d'où émergeait un compte tours gradué jusqu'au chiffre ahurissant de 11.000 tours teinté de rouge depuis 8.500. Des régimes dignes des Formules 1 de l'époque.

La planche de bord de la S800 était constellée de nombreux cadrans notamment un impressionnant compte-tours gradué jusqu'à 11 000 tours !
Tout ceci n'était rien par rapport à ce qui se cachait sous le capot. Malgré sa petite cylindrée de 791 cm3 équivalent à celle d'une R4 L, ce moteur faisait songer à un gros 1.600.
Gavé par une volumineuse batterie de 4 carburateurs Keihein, recouvert d'un couvre arbres gravé au nom de Honda d'où émergeait une agressive commande de compte tours mécanique, ce 4 cylindres était donné pour la puissance époustouflante pour sa cylindrée de 78 ch SAE (70 ch DIN). Près de 100 ch litre, plus de deux fois la puissance de la brave R4 !
Pour délivrer une telle énergie, cette pièce d'horlogerie faisait appel à une technique jamais vue sur 4 roues : bloc alu, 2 arbres à cames en tête, vilebrequin à trois paliers montés sur roulement à aiguilles, 4 carburateurs à boisseau.
De là à dire que c'était pratiquement le 1.000 cm3 de l'invincible monoplace de F2 de Jack Brabham, le pas était vite franchi. C'était si beau de le croire.



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