Honda S 800 : Tout pour la musique !

Le millésime 1968 dont les prix avaient sérieusement augmenté se reconnaissait à ses clignotants latéraux
Beaucoup d'acheteurs enthousiastes signèrent un bon de commande sans même l'avoir essayée. Ils n'étaient pas effrayés le moins du monde par le manque de réseau ni la jeunesse du japonais en matière d'automobile. Le constructeur qui avait réalisé la fantastique moto 250 cm3 dont le hurlement du 6 cylindres avait résonné tout au long de la saison des Grand Prix 1966 ne pouvait pas se tromper. A l'époque, il y avait une religion Honda.
Lorsqu'ils purent enfin conduire la S 800, ils ne furent pas déçus, au contraire. Certes, après avoir réussi à se glisser plus ou moins souplement à bord des 1,20 m de la bête, les plus de 1,70 m pestèrent contre sa position de conduite un peu étriquée autant en largeur qu'en longueur.
Certes, ils furent salement secoués par l'incroyable dureté de la suspension arrière confiée à un essieu tout ce qu'il y avait de plus rigide. Certes, ils furent un peu contrits par ce freinage moyen mixte à la pédale dure comme du bois.

De profil, avec son hayon-lunette arrière, la S800 en version coupé était souvent comparée à une Jaguar E en réduction
Mais tous ces îlots de contrariété étaient noyés dans un océan de bonheur. Elle avouait une maniabilité extraordinaire aux Grand Prix des feux rouges, une tenue de route de vraie sportive style kart, une direction furieusement directe, un minuscule levier de vitesses identique à celui d'une monoplace à la commande sèche et précise.
Mais tout ceci, n'était rien par rapport à sa fascinante mécanique nichée à l'avant.
Ils furent surtout subjugués par la hargne du 800 cm3 qui avalait avec allégresse les 1.000 mètres départ arrêté en moins de 36 secondes et lançait le petit H chromé de la calandre à prés de 160 km/h. Des performances d'une bonne 2 litres de ces années là.
Mais la magie venait surtout de l'entêtant miaulement aigu mais feutré de sa généreuse mécanique. Une étrange mélodie jamais entendue pour la bonne et simple raison qu'on n'avait jamais écouté un moteur de tourisme tournant à de tels régimes.
La S 800 exhalait une obsédante musique qui lui donnait un supplément d'âme dont la fulgurance des régimes provoquait d'incessantes variations de tessiture. Comme une Ferrari de cette époque, la S 800 c'était d'abord une sonorité avant d'être une voiture.

La S800 avait une personnalité assez indéfinissable qui n'est pas étrangère à la légende qu'elle a laissée
En 1967, tous les jeunes ne rêvaient que de cette mini sportive proposée en coupé et en ravissant cabriolet vendu 15 % plus cher. Même Spirou et Fantasio roulèrent en S 800 dans leur univers de papier coloré. Hélas, très rapidement beaucoup déchantèrent.
Sa technique sophistiquée et innovante exigeait non seulement du respect de la part de son utilisateur et des révisions fréquentes et pointues que le réseau balbutiant de l'époque ne sut lui prodiguer.
Les importateurs ne purent tenir ce prix d'ami qui augmenta dès 1968 et refroidit les futurs acheteurs déjà tiédis par ses avatars entendus ici ou là et le prix pas sympathique des pièces détachées. Aux Etats-Unis où elle tenta sa chance, sa carrière fut brisée par les nouvelles normes anti-pollution qui muselèrent sa joie de vivre.
Déjà Honda qui songeait à envahir le monde avec sa minuscule traction avant N 360/500 n'accorda plus beaucoup d'intérêt à la S 800 qui tira sa révérence début 1970 après 11.523 exemplaires vendus dont 2.300 pour la France, sans larme ni regret.
Auréolée de cette vie brève mais pleine foudroyée en pleine jeunesse, la petite S 800 est aujourd'hui une grande voiture dont on raconte l'histoire le soir en la magnifiant un peu, coté régimes étourdissants ou de ses prestations. Il ne nous reste d'elle que ce qu'elle avait de meilleur. C'est d'avoir existé.
Propulsion, moteur 4 cylindres en ligne à 2 arbres à cames en tête, 791 cm3, 4 carburateurs
Puissance 70 ch DIN à 8.000 tr/mn
Boîte de vitesses à 4 rapports toutes synchronisées
Freins à disque à l'avant, tambours à l'arrière
Pneus 155 X13
Longueur 3,33m, hauteur 1,22m, largeur 1,40m, empattement 2 m
Poids 700 kilos
Vitesse maxi 158 km/h
Prix en octobre 1966 en version coupé 9.990 francs, 11.750 f en cabriolet soit 18.000 € environ
