Humeur
Ma femme et mes enfants d’abord !
Par Patrice VERGES le 01 décembre 2006
Monsieur, si vous êtes célibataire, ces lignes ne vous intéressent pas *. Si vous êtes marié, qu’est ce que vous aimez le plus au monde ? Votre femme et vos enfants ? Pas si sûr !
Si vous aimez votre femme et vos enfants autant que vous le prétendez pourquoi roulent-ils dans une vieille voiture âgée d’une petite dizaine d’années ? Une citadine des années 90 qui compte zéro étoile au test Euro Ncap, sans ABS et encore moins d’airbag ni aucun élément de sécurité autant actif que passif. Non, je n’invente pas. C’est le fruit d’une enquête récente TNS Sofres réalisée pour Axa Prévention en juillet 2006 auprès d’un échantillon comprenant 500 femmes conductrices.
Dans cette enquête, on apprend que si « Monsieur » se pavane au volant d’une belle voiture récente équipée de nombreux airbags et bardée d’électronique, sa pauvre épouse doit se contenter d’une petite citadine âgée d’au moins huit ans et souvent bien davantage. C’est à dire une des premières Clio voire Super 5, 205, Panda ou Uno du siècle dernier.
Il suffit d’observer les voitures au sortir d’une école, garées en double file, pour mesurer la vétusté du parc des citadines conduites par les femmes. Des urbaines dont les normes de sécurité ne sont plus du tout celles admises aujourd’hui et qui se révèlent infiniment plus dangereuses en cas d’accident.
Les épouses les conduisent soit pour le travail ( à 64 %) soit simplement pour emmener les gamins à l’école, faire des courses ou aller à la gym. C’est la fameuse deuxième voiture type du ménage moyen dont les critères d’achat sont d’abord le prix, inférieur à 3.000 €, lié à une faible consommation d’essence.
« Ca suffit pour aller chercher les enfants à l’école. Ma femme roule très peu » rétorquent les époux quand on leur fait remarquer que ces voitures d’un autre temps sont très dangereuses en cas de choc. Certes, si les contrôles techniques ne tolèrent plus les amortisseurs à bout de souffle et pneus lisses, même en bon état d’usage, elles sont bien moins sûres qu’une voiture actuelle.
On sait que l’accident arrive davantage près de chez soi que loin et généralement sur les courts trajets notamment du travail. Le terrain de prédilection de la fameuse deuxième voiture. Madame a beau être la femme la plus prudente au monde au volant de sa « petite Panda » Corsa ou 205 des années 90, Madame a beau se targuer d’avoir moins d’accidents que les hommes, du moins d’après Axa, elle oublie l’autre ! L’accident, c’est toujours la faute de l’autre.
L’accident mortel est au pied de son escalier de parking. Une puissante moto qui lui déboule en travers de la portière en pleine accélération, un 38 tonnes distrait qui oublie de freiner à un feu rouge, un autre automobiliste qui lui brûle la priorité au volant d’un imposant 4x4 Mercedes, un bloc de béton qui se détache d’un mur.
Face à ces impacts, ces voitures d’un autre temps qui éclatent comme des fruits trop mûrs laisseront à leurs occupants infiniment moins de chance de vie qu’un véhicule plus récent. C’est évident. Il faut être aussi menteur et incompétent que nos responsables de la Sécurité Routière pour ne pas admettre que la diminution du nombre de morts sur les routes, n’est pas seulement imputable aux limitations de vitesse mais aussi aux améliorations apportées sur les véhicules. Plus sûrs avant l’accident grâce aux progrès portant sur leurs qualités dynamiques, plus sûrs après grâce aux tôles à absorption d‘énergie.
Bien sûr, une petite citadine neuve ou très récente coûtera autour de 10.000 € contre 3 ou 4.000 pour une voiture des années 95 au budget d’entretien plus lourd (réparation). C’est une somme pour un ménage modeste ! Mais que représente t-elle répartie sur plusieurs années par rapport à la vie ou l’infirmité de plusieurs êtres qui sont justement ceux au monde que vous aimez le mieux. Si vous aimez votre femme et vos enfants, faites les rouler en véhicule moderne. Ce sera mieux pour la planète, pour votre tranquillité et surtout mieux pour eux. Quand on aime, on ne compte pas.
*Si vous êtes célibataire, rappelez-vous cette pensée de Sacha Guitry «Le célibat, on s’ennuie. Le mariage, on a des ennuis ! »
