Notre histoire
Peugeot 203 : Une star sans fard
Par Patrice Vergès le 12 septembre 2008
Après avoir transporté des passagers pendant de nombreuses années, la Peugeot 203 véhicule aujourd’hui le souvenir des années 50. Balade au sein d’une voiture aimée par toute une génération de Français.

Avec sa forme fuseau inspirée par les Américaines des années 40, la 203 faisait bien démodée il y a 50 ans en 1958
Lancée en octobre 1948, il y a juste 60 ans, la Peugeot 203 a été produite pendant onze ans de 1949 à début 1960 à un peu moins de 700.000 exemplaires. Mais sa vie terrestre a duré bien davantage. Dans ses vieux jours, sa légendaire fiabilité lui a permis de jouir d’une sorte de deuxième vie.
Comme les retraités, les voitures vont mourir en province en sortant de moins en moins de leur garage chauffé. La 203 des villes des représentants de commerce et des gendarmes remplacée par la 403 fit le bonheur de bien des retraités et des agriculteurs de la fin des sixties où elle remplaça leur Traction 11 CV à bout de souffle.

On ne parlait pas encore de « Tuning mais grâce à Robri baptisé « le joaillier de l’automobile », il était de bon ton de rajouter des fioritures chromées symbolisant l’opulence
Aujourd’hui, nous conduisons un millésime 1958, l’un des derniers modèles. Elle se reconnaît esthétiquement des plus anciennes par sa « grande » lunette née en 1953 et ses pare-chocs enveloppants en inox et ses clignotants. Avec sa longue silhouette fluide inspirée de celle des Américaines ses années 40, en 1950, la jeune 203 était encore une voiture moderne. Huit ans plus tard, ses formes rondes semblaient déjà d’un autre temps à coté de celles sa grande rivale la Simca Aronde aux ailerons acérés et aux fards provocants. Les voitures, c’est comme les gens vertueux. Ils vieillissent plus vite.
La Sochalienne compensait sa poupe fuyante déjà datée par de grandes qualités morales et surtout une robustesse rare il y a près d’un demi-siècle. Elle lui assura un beau succès commercial entraînant d’interminables délais de livraison dont profitait outrageusement la voiture de Poissy plus racoleuse.

En 1953, le cadran central rectangulaire avait été remplacé par un demi cercle situé devant le conducteur
En montant dans une 203 qui mesure plus de 1,50 m de haut pour seulement 4,35 m de long, on se rend compte de la qualité de sa construction. Tôlerie épaisse jugée rassurante en cas de chocs, ajustage précis, matériaux de bonne facture. Sur l’étroite planche de bord en tôle aux deux boites à gants rappelées par un violent ressort, se glisse face au conducteur le grand tachymètre en demi cercle né en 1953.
Il est vrai que la visibilité médiocre surtout à l’arrière ne facilite pas les manœuvres. Mais la position de conduite sauve les meubles. Le conducteur assis droit sur un siège moelleux recouvert de tissus peut s’accrocher au grand volant. A l’époque la 203 était surtout réputée pour sa fiabilité, son confort et son agrément de conduite.

La 203 a connu une belle carrière en version commerciale autant tôlée que vitrée
En fait, il faut se remettre dans la peau d’un automobiliste des années 1950 pour mieux la prendre et la comprendre. En mouvement, la 203 interpelle par son rayon de braquage réduit autorisant à se garer facilement, par la précision de sa direction à crémaillère et sa curieuse grille de sa boîte de vitesses au volant s’articulant sur trois niveaux. Grille critiquée aujourd’hui par de jeunes essayeurs reconvertis dans le rétro par mode, mais plus logique il y a 50 ans où on ne « montait » pas les régimes. La première située en bas servait à décoller la voiture jusqu’à 15 à l’heure maxi avant de passer aussi vite que possible ce qui n’était pas évident la deux puis la trois de haut en bas sur le même plan. C’est seulement sur la route, qu’on montait enfin la quatre en haut en poussant bien au fond.
La souplesse phénoménale du petit 4 cylindres de 1.290 cm3 niché sous le long capot pointu à ouverture compensée autorisait un minimum de changements de vitesses. En jouant uniquement sur la deux et la trois à l’aide d’un majeur musclé, il était possible de circuler en ville toute la sainte journée. Presque une boîte automatique. En revanche, la Peugeot était critiquée par sa quatrième démultipliée qui terrorisait certains de ses conducteurs peu familiarisés à ne pas sentir un soupçon de frein moteur en lâchant l’accélérateur.

Le lion du capot jugé trop agressif pour un cycliste ou piéton a été interdit à l’aube des années 60
Reproche également à l’égard de sa banquette arrière étroite. En ce temps, il n’était pas rare de s’entasser à cinq ou six dans une 203 sans avoir une quelconque notion de danger. Elle payait son confort de suspension par un roulis excessif, ce qui n’a pas empêché de grands pilotes, notamment à l’immense Willy Mairesse, de faire leurs premières armes au volant d’une 203.
Son moteur super carré chemisé à culasse hémisphérique en alpax avait été bridé à 45 ch à 4.500 tours lui assurant un petit 120 km /h en pointe vite considérés comme insuffisants. Insuffisants par rapport à la puissance qu’il pouvait développer car beaucoup de préparateur s’intéressèrent à ce groupe qu’on vit même aux 24 Heures du Mans. Insuffisants surtout par rapport à celle de sa grande rivale l’Aronde plus enjouée frisant les 130 km/h dès 1956, allure agaçant prodigieusement les conducteurs de 203.

La 203 offrait de bonnes qualités dynamiques pour son époque. Qualités qui ont lui ont permises de courir avec un certain succès en rallyes
A cette époque où la vitesse était un sport, il y avait une terrible concurrence entre ces deux voitures dont leurs conducteurs se détestaient cordialement. La 203, c’était l’être et l’Aronde le paraître. Un sorte de lutte entre le superficiel et l’existentiel à travers un moyen de locomotion. A cette époque, une voiture, c’était plus qu’une voiture !
A 100 compteur sur les nationales bordées d’épais platanes, allure où le moteur ne ronflait pas encore trop en avalant autour de 9 litres aux 100, avec un chauffage puissant l’autorisant à rouler l’hiver, une excellente climatisation l’été offerte par son immense toit ouvrant équipant la version Luxe, une vidange tous les 2.500 kilomètres ( !), la 203 dans le ronronnement caractéristique de son pont arrière à vis sans fin d’une technique complètement obsolète vous emmenait au bout de la terre dans des conditions de confort, de fiabilité et de sécurité que peu de voitures de l’époque offraient.

Cette publicité fait bien ressortir le coté sérieux et familial de la clientèle de Sochaux
C’est lorsqu’on la changeait pour un modèle plus jeune, plus attirant, plus frivole qu’on se rendait davantage compte de ses qualités en la comparant. Mais, c’était trop tard ! Il ne lui manquait qu’un zeste de sex-appeal qui n’était pas à l’ordre du jour chez l’austère constructeur. Il a fallu attendre la 204 pour que Peugeot assez coincé se lâche un peu. Enfin presque...
