404 Peugeot
cadre de vie
Par Patrice VERGÈS le 14 avril 2008
Rouler en 404 dans les années 60 était révélateur de la personnalité de son conducteur. C’était souvent un cadre moyen âgé d’une quarantaine d’années, commerçant ou chef de petite entreprise, bon époux, bon père. Un type carré qui ressemblait à sa voiture.

La 404 Super Luxe offrait une plus ambiance plus cossue que celle de la berline GL
La vraie carrière commerciale de la 404 a duré moins d’une petite dizaine d’années de 1960 à 1970. Si elle a vécu jusqu’en 1975 et bien au-delà pour la camionnette, elle n’était plus la voiture des cadres sérieux qui lui préféraient désormais la 504 ou R16 TS.
La Super Luxe à injection 1967 qui s’exhibe devant vous est déjà une voiture crépusculaire bientôt condamnée par l’arrivée de la 504. Elle avait déjà gommé tous les défauts de la 404 critiquée au début de sa vie par son freinage évanescent et son équipement trop succinct.

La première 404 qui a vu le jour en mai 1960 avait encore les roues pleines et des grosses baguette chromées latérales
En revanche, elle n’avait pas évolué esthétiquement. Ses formes cubiques (longue de 4,43 m) signées Pininfarina avouaient leurs rides. Pourtant, ses ailerons acérés, sa ceinture de caisse tendue et son pare-brise panoramique débordant latéralement avaient beaucoup séduit lors de son apparition en mai 60.
Beaucoup pensaient que Pininfarina ne s’était quand même pas foulé en reprenant sensiblement le dessin des Fiat 1800 et autres Austin A55. Une silhouette moderne certes mais sans ostentation pour être en phase avec la philosophie stricte de la marque française et celle de ses fidèles clients.
La 404 séduisait aussi par son habitacle clair, son mobilier de qualité avec peu de plastique et encore beaucoup de métal, ses sièges moelleux dans lesquels le corps s’enfonçait surtout sur la version normale où ils étaient en tissus contre du cuir plus ferme sur la SL. Cette dernière se reconnaissait aussi à sa peinture métallisée et quelques chromes supplémentaires. Ce pigment lui donnait non seulement de la classe mais aussi une réelle personnalité avant que les autres constructeurs se ruent à leur tour sur le métallisé

En 1966, la planche de bord rajeunie comptait trois petits cadrans ronds empruntés à la nouvelle 204
Un œil d’aujourd’hui ne peut être qu’étonné par la luminosité de l’habitacle, la douceur et générosité des sièges et la grandeur du volant curieusement décalé vers la gauche imposant une conduite décentrée.
Si le millésime 1967 avait adopté une planche de bord plus moderne comptant les trois petits compteurs ronds du coupé 204, il avait conservé le levier au volant qui subitement passait de mode.
En recevant la boîte de la future 504, la 404 de 1968 gagna une commande plus classique à grille européenne dont l’utilisation était un vrai régal par rapport aux modèles 1967 à première en bas.

La 404 a été proposée autant en coupé qu’en cabriolet
Généralement, un acheteur de 404 changeait sa 404 pour une autre 404 en appréciant au fil des ans les discrètes améliorations. En plus la 404 était incassable et c’est pourquoi, elle était aussi appréciée des « voyageurs » comme on disait alors, qui étaient toujours surs d’arriver à destination à l’hôtel sans avoir mal aux reins.
Sous son capot plongeant, un 1.600 cm3 était monté en position très inclinée. Dérivé du bloc de la 403, ce 4 cylindres à culasse hémisphérique avouait une cylindrée exacte de 1.618 cm3.
Depuis sa naissance ce moteur avait reçu un vilebrequin à 5 paliers plus robuste et bénéficié de plusieurs augmentations de puissance lui permettant d’annoncer 80 ch SAE (70 Din) en essence et 96 (85 Din) en injection. Il motorisa longtemps les 504 et 505 jusqu’au milieu des années 80.

Le break 404 se caractérisait par son empattement allongé qui autorisait une grande habitabilité fort appréciée par les familles nombreuses
Peugeot avait été l’un des premiers constructeurs après Mercedes à croire à l’injection d’essence. Cette injection mécanique indirecte Kugelfischer d’origine allemande lui procurait non seulement une quinzaine de chevaux supplémentaires, une souplesse accrue mais une consommation inférieure à bonne vitesse.
En 1968, si la silhouette d’une 404 à injection avait vieilli, ce n’était pas le cas de son moteur. Au contraire. Il lui permettait de frôler les 160 km/h en pointe malgré son Cx de porte-avions et d’être créditée d’environ 35 secondes aux 1.000 mètres. Mais, ce n’était rien par rapport à l’agrément de la mécanique douce au ralenti comme un gros chat qui ronronne.
Un amour de mécanique évitant au conducteur de trop manipuler la boîte pour repartir sur un souffle de gaz en troisième dans un bruit discret se teintant au fur et à mesure de notes graves plus agressives. Qu’il expectore quelques ratés après une longue utilisation urbaine ne faisait qu’ajouter à son charme de moteur pas comme les autres.

La SL recevait des sièges recouverts en partie de cuir très agréable à l’œil. Les contres portes et le dossier étaient recouverts de skaï imitant fort bien le cuir.
Par rapport aux voitures actuelles, la 404 était montée très souple en suspension car c’était l’unique moyen de donner du confort aux passagers. Si elle se couchait beaucoup en virage, son train tenace avant restait accroché au sol avant que les fameux Michelin XAS au profil asymétrique jettent l’éponge.
Sa direction était un bonheur de précision et douceur, du moins dès qu’elle roulait car elle n’était pas assistée. On ne pouvait pas en dire autant de son essieu rigide à ressort hélicoïdaux certainement pas trop bien guidé qui donnait le sentiment que la caisse dodelinait doucement autour de lui.
Après avoir longtemps manqué d’endurance, le freinage toujours à tambours était redoutable accentué par un violent servo frein. Le seul défaut de ses freins « Thermostables », fruit de l’entêtement du chef du bureau d’études contre les disques, était son prix de revient trop élevé. D’ailleurs, sans tambour ni trompette, Peugeot équipa sa 404 1968 8 CV version dépouillée de freins à disque à l’avant alors que la modèle 9 CV conservait les tambours !
La 204 apparue en 1965 marqua l’évolution de la philosophie de Peugeot, constructeur certes de voitures de qualité mais ô combien sans sex-appeal. Sans aller jusqu’à dire que la 404 SL à injection avait du glamour, elle avait en supplément de ses qualités de voiture réussie, ce petit quelque chose en plus qui s’appelle le charme. C’était nouveau chez Peugeot.