Peugeot 204 coupé
On ne vit que deux fois
Par Patrice VERGES le 20 décembre 2006
A la fin des années 60, cette Peugeot a relancé en France la mode du coupé. Plus rationnelle que passionnelle, la 204 coupé ne manquait pas d’atouts autant au niveau de son prix très compétitif que de sa fonctionnalité.
Lorsqu’ils ont été dévoilés au Salon de Paris 1966, le coupé 204 et sa version cabriolet ont suscité un réel intérêt. Personne n’imaginait que ces modèles soient vendus seulement 20 % de plus que la berline lancée 18 mois plus tôt.
A moins de 11.000 francs, par comparaison, le coupé affiché semblait même meilleur marché. Surtout que Peugeot n’avait pas habitué ses clients à un telle générosité en proposant son coupé cabriolet 404 Pininfarina pratiquement deux fois le tarif de la 4 portes.
En plus, la 204 C était le premier coupé utile et non plus futile car il offrait deux bonnes places de secours transformables en un vaste volume de chargement modulaire accessible par un grand hayon.

Présenté il y a juste 40 ans, le coupé 204 Peugeot ne reprenait que la partie avant de la berline dont il était dérivé. Plus court, plus bas, il séduisait par ses formes jugées alors très élégantes
Bâti sur l’empattement raccourci de la berline 204 dessinée par Pininfarina dont il reprenait seulement la partie avant, le coupé était joliment troussé. Son pavillon surbaissé de 10 cm, son arrière style « fasback » deux volumes lui donnaient un visage plus dynamique et plus ramassé que celui de la berline.
Tout en s’inscrivant dans la sobriété chère à Peugeot, ses lignes étaient signées par l’équipe de style de Paul Bouvot de la marque sochalienne qui en assurait aussi la fabrication par le biais de Chausson. Ceci explique pourquoi, son tarif était bien inférieur à celui des productions Pininfarina.
Pour tenir ce prix d’ami, le coupé utilisait strictement la mécanique de la berline. En revanche, par rapport à ce qui se fait aujourd’hui, il innovait par une planche de bord plus flatteuse, ce qui n’était pas difficile car celle de la 204 était particulièrement indigente.
Pour son grand bonheur, la berline hérita quelques temps après de ce combiné à 3 gros cadrans circulaires plus plaisant à l’œil. Il affichait un intérieur plus sympathique avec des sièges aussi moelleux mais offrant un meilleur maintien et une présentation assez soignée.

Egalement fort réussi, le cabriolet 204 attira une clientèle moins familiale que celui du coupé qui offrait en plus un grand coffre et deux places de secours
Dès sa sortie, le coupé et le cabriolet, comme la 206 CC actuelle, devinrent la monture préférée des jolies dames en remplacement de leur Floride démodée ou de leur Simca 1000 coupé ou Mini Cooper.
La Peugeot offrait plus de confort, davantage de sécurité et surtout se révélait beaucoup plus facile à vivre au quotidien forte de son coffre accessible par un hayon et de ses places arrières. Bien sûr, des hommes se laissèrent séduire par cette version qui dégageait une image plus affirmée que celles de la Floride ou Simca Coupé qualifiées alors péjorativement de voitures de garçons coiffeur…
Cela dit, les mâles auraient souhaité davantage de sex-appeal, un compte-tours, quelques chevaux en plus grand nombre sur un train roulant plus épanoui avec en prime un levier de vitesses au plancher car la commande au volant fort maniable au demeurant, commençait à passer de mode. Mais, à ce prix, il n’y avait pas grand chose à jeter !

Le coupé-cabriolet se distinguait par un bloc compteur spécifique à 3 cadrans qui équipa un peu plus tard toute la gamme. Le levier au volant était déjà critiqué pour une voiture à connotation sportive
Il faut rappeler que la 204 n’avait pas eu peur d’innover faisant appel à la traction avant, au moteur transversal tout en aluminium de surcroît à arbre à cames en tête et aux quatre roues indépendantes. Une technologie révolutionnaire il y a 40 ans. Ce beau 1.100 cm3 à culasse hémisphérique revendiquait 53 ch Din (58 SAE) sur les premières versions, un chiffre tout ce qu’il y avait de sérieux.
En plus, ce moteur était une petit merveille d‘agrément. Distillant une jolie sonorité aiguë, il manifestait une grande onctuosité, une douce souplesse et pourtant de la de joie de vivre à hauts régimes. « Ah, si la 24 CT avait eu ce moteur ! » se lamentaient les possesseurs du coupé Panhard dont beaucoup vendirent la leur pour acheter cette Peugeot.
Cela dit, si la 204 se révélait moins rapide ne dépassant pas les 142 km/h contre près de 160 pour la Panhard, en revanche, en reprise, bien aidée par une boîte de vitesses magnifiquement étagée dont l’inépuisable troisième flirtait avec les 130 km/h, la 204 se montrait sacrément moins amorphe.

La berline qui donna le jour aux coupés et cabriolet était une voiture révolutionnaire en 1965 car elle faisait appel à des solutions techniques hyper-modernes et toujours d’actualité comme le moteur transversal en alliage léger
Malgré des performances quasi identiques à celles de la berline surtout en matière d’accélérations avec le 1.000 m départ arrêté en 39 secondes, elle n’était pas ridicule sur les routes de la fin des années 60. Comme la voiture méritait bien davantage, pas mal de clients masculins allèrent taper à la porte de préparateurs qui commençaient à avoir pignon sur rue pour équiper leur 204 d’une admission plus généreuse autorisant autour de 70 ch, avec, cerise sur le gâteau, un pot d’échappement plus musical qui lui allait à ravir.
Le coupé 204 tenait fort bien la route. D’abord parce que c’était une traction avant. Un progrès qu’on imagine mal aujourd’hui par rapport aux voitures à moteurs arrières de ces années là, et surtout grâce à son empattement raccourci à 2,30 m et sa suspension un peu affermie. Il démontrait une bonne agilité sur route sinueuse où sa direction précise et directe faisait merveille.
Hélas, les velléités du pilote étaient vite court-circuitées par le sous virage omniprésent de la part d’un train avant dont on aurait aimé davantage de fermeté et surtout par des pneus mal dimensionnés générant des pertes de motricité fréquentes sur le mouillé. Des 135 X 14 sur les premières versions ! Des dimensions déjà ridicules en 1966 qui ont toujours handicapées la 204 dont la pointure grimpa à 145 en 1969. Beaucoup furent équipées de jantes en alliage autorisant le montage de pneus plus trapus qui lui allaient fort bien autant mécaniquement qu’esthétiquement.

Le coupé-cabriolet 204 a eu deux vies puisqu’il a continué sa carrière de 1970 à 1975 sous le nom de 304 avec une face avant modernisée inspirée de celle de la 504
Malgré la timidité de ses performances, la 204 C rencontra sa clientèle puisque jusqu’en mars 1970 plus de 42.000 sortirent de chez Chausson auxquelles il faut rajouter 18.000 cabriolets. Et, cette voiture repartit pour une nouvelle vie et encore 140.000 exemplaires supplémentaires en version 304 dont la face avant redessinée avait perdu le magnifique regard de Joconde de la 204.
Autant en cabriolet qu’en coupé, ce modèle a laissé généralement de merveilleux souvenirs à ceux qui en ont possédé un. Des souvenirs qui, une fois n’est pas coutume, ne sont pas enjolivés par le temps qui a tendance, à maquiller le passé.
En effet, comme pour toutes les Peugeot, la conduite d’un coupé 204 laisse mieux voir aujourd’hui non seulement la modernité de sa conception mais surtout son agrément de conduite presque actuel. Ce qui est loin d’être le cas de certaines de ses contemporaines du genre sois belle et tait toi !
