504 coupé V6 TI

Le charme discret des Peugeot

Par Patrice VERGES le 11 octobre 2007

Quel œil poserons-nous sur le coupé 406 voire 407 Peugeot dans une vingtaine d’années ? Trouverons-nous toujours leurs silhouettes aussi élégantes ? La réponse est dans le coupé 504 V6 TI. La vraie beauté ne se démode jamais.

En 1975, des phares au dessin oblong changèrent la physionomie du coupé et cabriolet 504 qui furent proposés de surcroît avec le moteur V6 de la future 604

Comment ne pas comparer ces deux voitures de la même marque, de la même lignée à plus de 30 ans de distance ? Petite différence.

En son temps, le coupé 504 V6 TI était une voiture plus rare puisque seulement 1.757 ont été produits en 4 ans auxquels il faut ajouter 4.472 modèles à carburateurs sans oublier les 20.547 4 cylindres fabriqués en 13 ans. La réponse est simple.

En francs constants pour ne pas dire euro constants, par rapport à la berline le coupé 504 V6 TI coûtait davantage que le coupé 407 d’aujourd’hui.

Signé Pininfarina

En 1980, pour rajeunir la silhouette qui avait déjà 11 ans, Peugeot remplaça les minces pare-chocs chromés par des boucliers en composite qui furent très mal accueillis !

Si en 1975 le rajeunissement de la carrosserie sous la forme d’une proue et feux arrière redessinés avait été fort bien perçu, en revanche l’adjonction de boucliers en matière synthétique couleur caisse avait fait hurler les puristes en 1980.

Aujourd’hui, rentrés dans les mœurs, ils renforcent au contraire l’intemporalité des formes élégantes de cette voiture. Des lignes signées Pininfarina sages mais statutaires et pourtant sobres avec une superbe maîtrise du tracé autour du pavillon très lumineux. Hélas au niveau de la corrosion, Pininfarina ne maîtrisait pas aussi bien son sujet.

Les 504 coupé et cabriolet pourrissaient à une rapidité effrayante. Difficile aujourd’hui d’en dénicher un non corrodé. Et si les prix d’achat sont honnêtes, les prix de revient le sont beaucoup moins.

PRV comme Renault-Peugeot-Volvo

Né avec 136 ch, son V6 de 2,6 l dont l’originalité était d’être calé à 90 degrés grimpa à 144 ch quand il hérita de l’injection fin 1978

Sous le long capot qui meurt en pente douce sur la calandre encadrée par les phares oblongs au dessin très réussi se cache le 2,6 l V6 PRV que la 504 V6 coupé a eu l’honneur d’inaugurer le premier fin 1974 avant la 604.

Ce 6 cylindres attendu depuis longtemps symbolisait le retour de la France dans le segment des grandes routières. Las, il tombait vraiment mal en pleine crise énergétique où le prix du litre du carburant s’envolait de mois en mois. Une époque pas vraiment formidable condamnant d’ailleurs la version V8 qui devait en être extrapolée destinée en priorité à l’autre partenaire Volvo dont les initiales des trois marques lui ont donné le sigle de PRV.

Non seulement, ce V6 en aluminium calé originalement à 90 degrés montrait un bel appétit ce qui était rédhibitoire mais surtout il se payait le luxe de ne pas être enthousiasmant au niveau du fonctionnement manquant de velouté et de puissance par rapport aux 6 cylindres allemands.

144 ch avec l'injection

Cette version a connu une honorable carrière en rallyes africains

En 1978, la version TI tenta de gommer une partie de ses défauts. En adoptant l’injection Bosch à la place des deux carburateurs, elle gagnait une poignée de chevaux passant de 136 à 144 tout en perdant de sa gourmandise aidée de surcroît par une boîte à 5 rapports.

Mais, ce moteur en net progrès ne changea pas le destin du coupé 504 TI qui fut tout sauf fabuleux s’adressant en priorité à une clientèle aisée assez âgée aux enfants partis vivre leur vie, préférant le confort, la beauté des lignes à la performance tout en désirant une voiture exclusive mais discrète au niveau du percepteur.

S’ils l’avaient acheté pour une voiture sportive, de toute façon, ils auraient été déçus même si cette version a connu une honorable carrière en rallyes africains plus pour sa robustesse que par les performances de son moteur poussé à 230 ch.

Manque de caractère sportif

Bonne accessibilité, généreux sièges moelleux, habitabilité intéressante

Bonne accessibilité, généreux sièges moelleux, habitabilité intéressante pour une voiture de ce segment, grand coffre, le coupé 504 offrait les mêmes sensations physiques et tactiles que celles d’une berline 504 dont il reprenait le train roulant comme la 604 d’ailleurs.

Très belle suspension à 4 roues indépendantes portant bien les passagers mais déjà un poil trop souple pour ce type de voiture, direction assistée légère mais un peu trop démultipliée, boîte agréable, freins à 4 disques suffisamment puissants.

Comme toutes les propulsions de l’époque, il fallait seulement montrer de la tendresse avec l’accélérateur lorsque la chaussée était mouillée. Mais, au niveau de la conduite, il est évident que ce véhicule manquait un peu de caractère sportif toujours souhaité sur un coupé. Davantage de puissance, un bruit plus évocateur, une suspension plus ferme, le lui auraient apporté.

Une finition à...l'italienne

La planche de bord reprenait l’instrumentation de la berline 504. Au prix coquet où était vendu le coupé, c’était un défaut !

Ce moteur nourrissait parfois le sentiment curieux de ne pas tourner rond au ralenti à cause d’un cylindre qui n’allumait pas. Il manquait aussi de velouté et de sonorité. Il ne fallait pas l’écouter après avoir entendu le 6 en ligne d’une BMW.

Mais ses 144 ch l’entraînaient à un bon 190 km/h avec d’honnêtes accélérations (31 s aux 1.000 mètres DA) et de d’honorables remises en vitesse au prix d’une bonne douzaine de litres aux cents kilomètres sur route et bien davantage en ville.

En revanche, si l’habitacle tapissé de velours paraissait flatteur sur les photos avec ses lampes rouges d’accoudoirs, ses grosses molettes de commande de déflecteurs, vu de prés l’assemblage sentait une finition à l’italienne et l’instrumentation la grande série empruntée à la 504.

Les qualités de ses défauts

Beaucoup d’élégance discrète dans la silhouette du coupé 504 qui séduisit surtout une clientèle bourgeoise

Peugeot, au fil des années tenta de lui donner un aspect hors série avec un peu de boiserie par-ci par-là et une superbe instrumentation plus personnelle quelques mois avant sa fin de vie. Mais, c’était trop tard car la voiture avait fait largement son temps et son succès relatif joua certainement un rôle néfaste dans l’arrêt du projet du coupé 505.

Aujourd’hui, ses défauts sont devenus des qualités pour les amateurs de cette voiture dont l’usage quotidien est toujours possible à condition de faire attention à la carrosserie comme la prunelle de ses yeux car certaines pièces sont introuvables.

Mais quel bonheur à son volant de détourner des yeux séduits par son élégance intemporelle. Il n’y a que talent qui sait arrêter les aiguilles du temps.