La route des vacances il y a 40 ans

« Se souvenir des belles choses » (1/3)

Par Patrice VERGES le 21 juillet 2006

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Webcarcenter vous a gardé une place à l'arrière de la voiture familiale, une R8 ou Simca 1000 prête à partir dans le passé de la route des vacances au milieu des années 60. Souvenirs d'en France et d'enfance.

Moins qu'hier, le départ en vacances est toujours une aventure. L'évolution de notre société et l'amélioration du pouvoir d'achat, l'apparition des RTT ont désacralisé le départ en vacances en un événement peu à peu banalisé. Pas dans les années 60 où l'on ne partait en vacances qu'une fois par an, du moins pour ceux qui avaient le bonheur. Ils partaient soit en train ou en auto car l'avion était uniquement réservé à une élite de la société.

Migration vers le sud
« Se souvenir des belles choses »

La Jetée Thiers à Arcachon a été démolie fin 2004. Elle a été remplacée par une jetée plus moderne et surtout plus large que la précédente née avec le siècle. On reconnaît derrière l'Ami6, une Ferrari et une Subeam Alpine

Malgré trois fois moins de voitures particulières qu'aujourd'hui, la circulation estivale du milieu des années 60 était très difficile et les bouchons gigantesques. La route prenait alors un autre visage, avec des files ininterrompues de voitures surchargées de bagages, agglutinées les unes contre les autres dans les villes. Aucune déviation ne permettait d'éviter les agglomérations qu'il fallait obligatoirement traverser.

Sur la N 6, il fallait patienter une bonne heure pour oublier Lyon avant que le tunnel de Fourvière soit achevé au milieu des années 60 et presque autant pour Montélimar ou pour Montpellier. Jusqu'en 1967, date de la mise en service du pont d'Aquitaine, plus de 50 minutes étaient nécessaires pour rejoindre Arcachon via Bordeaux par l'unique pont de Pierres datant de Napoléon 1er.

Pensez qu'en 1961, la France comptait à peine plus de 100 kilomètres d'autoroute ! Quelques 20 kilomètres vers l'autoroute de l'Ouest à partir du pont de Saint Cloud auxquels il fallait ajouter les récents 40 kilomètres de la A 6 reliant Paris à Fontainebleau inaugurés le 12 avril 1960, qui avaient décongestionné la N 7 saturée. La portion Nice Fréjus fraîchement inaugurée en 1961 pouvait s'enorgueillir d'être la première autoroute payante de France et hélas pas la dernière ! L'état français qui avait pris beaucoup de retard en matière de structure routière accentuait le programme autoroutier en accélérant le nombre de kilomètres construits chaque année. En 1966, on comptait déjà 658 kilomètres d'autoroute. 18 mois plus tard, le 29 novembre 1967, le cap des 1.000 kilomètres était enfin franchi avec l'inauguration de Paris-Lille sans feu rouge tandis que de l'autre coté, la A 7 pointait jusqu'à Avallon.

La vitesse, un plaisir respectable
« Se souvenir des belles choses »

La voiture véhiculait l'image des vacances dans les années 60 comme le train l'avait fait en 1936 pour les premiers congés payés. La 2CV a beaucoup contribué à démocratiser les vacances

L'autoroute avait été construite d'abord pour les Parisiens désirant descendre vers le midi en ignorant le reste de la France encore quadrillée par des routes d'un autre temps bordées de dangereux platanes.

Le double ruban noir encore vierge de stations service, d'aires de repos et de restaurant imposait quelques contraintes que les usagers connaissaient encore mal. Il faut dire que les moteurs de 1966 n'avaient pas été étudiés pour parcourir 200 km pied à fond sur le champignon, comme on disait encore.

La vitesse était alors libre, sauf sur certains axes de départs en vacances. Ceux qui empruntaient l'autoroute voulaient rouler vite. Il y a 40 ans la vitesse n'était pas un acte délictueux comme aujourd'hui.

La vitesse était alors libre, sauf sur certains axes de départs en vacances. Ceux qui empruntaient l'autoroute voulaient rouler vite. Il y a 40 ans la vitesse n'était pas un acte délictueux comme aujourd'hui. C'est avec fierté, qu'on annonçait sa moyenne routière au café devant les copains ou ses enfants qui ne souhaitaient qu'une chose ! « Vas plus vite, papa ! ». Plus elle était élevée plus l'homme était respecté dans son foyer et parmi ses copains. Le doubleur était un dominant et le doublé, un dominé.

Aujourd'hui, certains psychiatres torturés y trouveraient matière à quelques perversions sexuelles. Pas à cette époque, où aller vite était un plaisir sain et humain, synonyme de progrès et modernité.

Moteur explosés, pneus éclatés !
« Se souvenir des belles choses »

Une vue charmante de l'hôtel de l'Avenue à Dax où l'on reconnaît quelques voitures des années 60 en particulier une 2 CV alors très fréquente.

Nos braves 404, Dauphine, Simca 1000 et autres DS n'étaient pas faites pour relier Paris Avallon à fond de badin. Combien de moteurs explosés et de pneus éclatés le long de l'autoroute !

Une manne financière pour certains réparateurs véreux de la N 7 qui avaient réussi à se faire agréer sur l'autoroute en graissant la patte aux gendarmes ou aux guichetiers. Face à de nombreuses escroqueries, l'état fixa un forfait de dépannage.

La démocratisation des autoroutes obligea les pétroliers à élaborer des huiles plus sophistiquées dites multigrades supportant mieux les régimes élevés.

La démocratisation des autoroutes obligea les pétroliers à élaborer des huiles plus sophistiquées dites multigrades supportant mieux les régimes élevés. Les manufacturiers étudièrent des pneus plus résistants à la vitesse à partir de 160 km/h . C'est ces années là, que Michelin dévoila le fameux XAS, au profil asymétrique, remplaçant le X sur les rapides 404 à Injection et DS21 où il était monté en série.

Si les Italiennes et les Allemandes supportaient bien l'autoroute car leur pays en était déjà pourvues, ce n'était pas le cas des Américaines et des Anglaises qui chauffaient, victimes de carter d'huile de radiateur trop chichement étudiés. Pendant l'été 1966, les premiers acheteurs de Ford Mustang se rendirent rapidement compte que sur la A 7, ils ne pouvaient pas exploiter longtemps les 220 ch de leur gros V8 4,7 l mal lubrifié par un minuscule carter d'huile. Ce défaut les empêchait de suivre les Porsche 356 ou Alfa Giulia pourtant deux fois moins puissantes mais plus aptes à supporter l'effort. Lorsque Renault lança sa R8 Gordini, il eut la sagesse de l'équiper d'un radiateur d'huile ce qui n'empêchait pas ce précieux lubrifiant de dépasser les 130 degrés.

Un espace de liberté
« Se souvenir des belles choses »

Beaucoup de campeurs n'allaient pas dans les campings privés ou municipaux alors rares mais s'arrêtaient souvent en pleine nature dans un champ, beaucoup plus fréquent qu'aujourd'hui, car la France était moins urbanisée.

A cette époque où le pouvoir d'achat était inférieur à celui d'aujourd'hui, seulement une minorité de gens utilisaient leur véhicule pour aller travailler. En fait, c'était l'inverse de 2006 où l'on voyait davantage de vélos la semaine que le week-end ! Au milieu des années 60, le vélo avait été remplacé par le Vélosolex ou la Mobylette bleue ou orange en ville.

Les agglomérations étaient plus compactes que maintenant et on travaillait plus près de son travail. Il ne serait venu l'idée à personne de travailler à Paris et d'habiter à Orléans.

Dépoussiéré en 1960, le Code de la Route avait interdit notamment les voitures surchargées et l'utilisation de pneus usés. Jusqu'alors rien n'empêchait d'utiliser des pneus lisses qu'on usait jusqu'à la toile.

C'était dans les moeurs même si l'on savait qu'un pneu usé était plus dangereux. A cette époque où l'on se tuait beaucoup sur la route il y avait une fatalité face à la mort qu'on considérait comme le prix normal à payer pour pouvoir rouler librement.

Avec 9.000 morts par an au milieu des années 60 pour un parc trois fois inférieur à celui de 2006, l'automobiliste de ces années là, avait six fois plus de chance, si l'on peut parler ainsi, de se tuer sur la route ! Pourquoi ? D'abord, parce que la route était un champ de bataille, parce que les voitures étaient infiniment moins sûres et parce que le réseau était d'un autre temps avec des virages dangereux, des chaussées glissantes et un code de la route assez laxiste.

Malgré cela, on prenait la route avec un vrai bonheur malgré ses dangers. Elle était encore un terrain d'aventures faites de rencontres et un espace de liberté ou tout était encore presque autorisé sauf doubler sur les lignes jaunes et brûler les feux rouges. Malgré l'absence de radar, la police pouvait dresser des contraventions pour excès de vitesse « au pif » surtout en agglomération où l'allure maximum avait été fixée à 60 km/h . Mais, il n'y avait pas de commandos planqués avec des radars piégeant les automobiles. Ceci expliquant que la police était mieux aimée qu'aujourd'hui et surtout davantage respectée car punissant des fautes et non des erreurs comme maintenant. On ne peut pas respecter des gens qui appliquent des réglementations irrespectables !

 

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