Volvo 122 S
moulin rouge
Par Patrice Vergès le 29 juillet 2008
Dans les années 60, on regardait les rares Volvo 122 S d’un œil curieux. La berline suédoise était auréolée d’une réputation qui en faisait une voiture quasi-surnaturelle dont on vantait les performances exceptionnelles et la robustesse sensationnelle. Si ce n’était pas faux, ce n’était pas vrai, non plus.

Née en 1956, la Série 120 (121/122/123) a été fabriquée à plus de 666.000 exemplaires jusqu’en 1970
Il se murmurait qu’une Volvo 122 de série bien réglée montait à 180 km/h. Certains affirmaient qu’en cas d’accident, l’épaisseur des tôles préservait miraculeusement la vie de ses occupants. D’autres prétendaient qu’elle pouvait parcourir 500.000 kilomètres sans lever le capot. La vérité était un peu moins amusante.
Certes, une Volvo 122 numéro générique de la lignée des « Amazon » était plus rapide, plus solide, plus sûre que les 404 et autres DS 19 et Opel Rekord du parc roulant du segment.

En Break, ce modèle a connu un grand succès surtout dans son pays d’origine
Mais tous ses hauts-faits étaient souvent colportés directement par ceux qui en possédaient une et qui en rajoutaient une couche certainement pour mieux légitimer la cherté et l’anti-conformisme d’un coup de cœur de 16.000 F.
C’est vrai qu’une Volvo 122 S pointait sa double calandre originale à 160 km/h, vitesse qui la hissait au-dessus de la mêlée routière du cœur des sixties. Son 1800 cm³ délivrait la jolie puissance de 90 ch à 100 ch SAE selon l’année, soit plus que ses concurrentes. Elle faisait du conducteur de la Volvo 122 un automobiliste qu’on regardait généralement avec infiniment de respect. D’autant que ce dernier montait fréquemment le kit 108 ch vendu un prix fort raisonnable pour la bonne et simple raison que le coupé P1800 popularisé par le feuilleton TV « le Saint » avec Roger Moore était déjà équipé de cette mécanique plus poussée.

Esthétiquement, la 122 a peu évolué au cours de sa vie sauf une calandre maintes fois redessinée et des jantes à voile aéré
Le moulin se caractérisait par sa couleur rouge qui ne manquait pas d’étonner les amateurs qui découvraient les deux carburateurs SU et son curieux rideau de radiateur réglable. Il faut dire que la suédoise était étudiée pour démarrer au quart de tour les petits matin froids à moins 20 degrés. Ce qui n’était pas pour déplaire aux possesseurs de 122 S à qui on demandait invariablement pourquoi ils n’avaient pas acheté une Alfa plus séduisante et plus sensuelle sur le papier. Ces derniers se laissaient aller à dire avec un large sous-entendu que cette fille du nord cachait sous d’austères dessous un tempérament de feu et surtout était beaucoup plus fidèle.
Si sa mécanique n’offrait pas un dessin très sophistiqué avec son arbre à cames latéral et sa culasse en fonte, elle délivrait une puissance assez élevée et surtout se révélait d’une robustesse étonnante. C’était le fait de son solide vilebrequin à 5 paliers de la qualité de la fonte et de l’acier suédois autorisant des kilométrages de camion.
Avec le Kit 108 voire 115 ch qui apparut un peu plus tard, la 122 S pouvait filer à 175 km/h. Un chiffre jubilatoire pour son conducteur, lue sur le ruban rouge du tachymètre horizontal qui avait la grâce exquise de se teinter de vert la nuit pour le grand bonheur de ses yeux.

Voiture à connotions sportives, la 122 S recevait le moteur à deux carburateurs du coupé 1800 P
Dérivée de la PV 444, la 122 née en 1956 n’était plus un perdreau de l’année en 1965 où d’aucuns lui reprochait une esthétique datée voire démodée avec ses flancs épais entraînant une faible surface vitrée. Ils n’avaient rien compris ! Le possesseur de 122 l’aimait justement pour sa haute ceinture de caisse créant le sentiment d’être mieux protégé dans l’intimité d’un habitacle austère ou le métal peint au parfum d’hier jouait encore les premiers rôles.
Derrière le grand et fin volant vertical sans moyeu, bien caparaçonné sous les tôles suédoises de 12/10eme de ce blockhaus sur roues, il se sentait invincible. Invincible par ses performances mais aussi contre l’accident, la rouille et la corrosion. Il savait que sa monture lui sauverait certainement la vie en cas de coup dur. D’ailleurs, Volvo était si sûr de la résistance de la carrosserie, qu’il fut le premier constructeur à proposer des ceintures de sécurité alors qu’il se disait que lors d’un choc, le mieux était d’être éjecté. Autre temps, autres idées.

Destinée au USA, La 122 S a rencontré un bel accueil dans ce pays
Bien assis sur les sièges anatomiques en skaï aéré réglables dans tous les sens montés dès 1965, après avoir desserré le frein à main situé à gauche plaqué contre la porte, il pouvait demander à sa monture de s’exprimer. La Suédoise accélérait sèchement (1.000 m DA en 36'') pour l’époque dans une sonorité présente mais sans grâce particulière. L’inépuisable 3ème commandée par un long levier incliné au plancher digne des voitures de papa lui permettait en flirtant avec le chiffre 140 d’oublier l’adversaire d’un coup bref du poignet.
Malgré une architecture tout ce qu’il y a de classique, la 122 tenait rudement bien le pavé. Un train avant précis, une direction et un freinage honnêtes confié à des disques à l’avant, un essieu arrière rigide soigneusement guidé, une suspension qui faisait dans le ferme généraient un tempérament sain mais survireur qui n’était pas pour déplaire à ses utilisateurs. Un conducteur de Volvo n’était pas n’importe qui. C’était par définition l’essence d’un rallyman car la firme de Göteborg s’était taillée un superbe palmarès en rallyes grâce à une kyrielle de pilotes nordiques

Volvo a été l’un des premiers à s’intéresser à la sécurité avec des ceintures de sécurité et un volant sans moyeu agressif. Remarquez le long levier de commande de vitesses
La 122 S resta pratiquement sans concurrence dans son segment. Jusqu’aux années 67 où Volvo dévoila la 144 plus moderne extrapolée de la 122. Mais, la firme suédoise avait décidé de changer d’orientation car elle vendait beaucoup aux USA. Dorénavant son fond de commerce fut la sécurité avant la sportivité même si Volvo dévoila une éphémère 123 GT à moteur poussé à 115 ch. D’ailleurs, beaucoup d’inconditionnels de la marque, le cœur triste, désertèrent Göteborg pour Munich à la fin des années 60.
C’est dans l’indifférence qui nous tue à petits feux, c’est bien connu, que la 122 tira sa révérence pendant l’été 1970 après 667.323 exemplaires construits en 14 ans. Aujourd’hui comme hier, elle a ses fans purs et durs qui le soir à la veillée racontent qu’elle a été certainement la meilleure Volvo de tous les temps. Si ce n’est pas vrai, ce n’est pas faux, non plus !
