La distribution automobile va évoluer

5 questions à Jean-Claude Debard, président de Hyundai France

Par Olivier THIBAUD le 27 février 2007

Rien ne prédestinait cet ancien professeur de philosophie à embrasser la carrière de l'automobile. Rien, si ce n'est que son père était ingénieur chez Peugeot… Alors les gènes… Sans doute.

Après un bref passage dans l'enseignement il entre chez Renault et fait ses armes dans la vente puis la publicité. Il dirige ensuite Lancia France avant de prendre la présidence de Hyundai France. C'était en 1999 et le constructeur coréen affichait le modeste chiffre de 5.000 véhicules vendus dans l'hexagone. Aujourd'hui c'est 30.000 ventes annuelles.

Un réel succès qui va de pair avec la saga de Hyundai qui s'est emparé en 2006 de la place de 6ème constructeur mondial (devant même les constructeurs français…). Présent dans deux cents pays, Hyundai joue la proximité avec ses marchés puisqu'il a ouvert 5 centres de recherche et de développement à travers le monde. Ainsi les clients doivent-ils la Getz au centre de R. & D. d'Allemagne , le Coupé et le très connu Santa Fe à celui de Californie…

Jean-Claude Debard est avant tout un homme de marketing et communication. D'ailleurs, qui ne l'a pas entendu faire lui-même la promotion de ses produits à la radio?

Et justement, nous l'avons rencontré à l'hôtel des ingénieurs des Arts et Métiers de Paris où il était invité pour donner une conférence sur le thème de la distribution automobile.

O.T. - Estimez-vous que la distribution traditionnelle a fait son temps ?

J-C.D. - Ce qui est certain, c’est que la distribution automobile va évoluer. Le clivage marque/distributeurs se transformera au profit d’une distribution plus axée sur des "style de véhicules".

On pourrait effectivement imaginer un show room avec des zones exclusives "SUV", "berlines", ou "monospaces" avec un choix non plus de marque, mais de catégories de véhicules différents…

Mais ce dont je suis convaincu, c’est que nos clients iront toujours vers des professionnels passionnés d’automobiles, et qui ont compris que le plus important, c’est l’accueil et le service qu’ils doivent apporter à leurs clients.

Faut-il se méfier des ingénieurs ? … Et des designers ?

Oui, s’ils n’écoutent pas les attentes et les besoins de la clientèle.

Que pensez-vous de ces déclarations au sujet des Chinois ?

Permettez-moi de vous rapporter les deux propos suivants.

Tout d'abord Len Hunt, numéro deux de Kia aux Etats-Unis, qui déclarait dernièrement: "Peut-être feront-ils en cinq ans ce que leurs prédécesseurs japonais ont fait en une vingtaine d’années et les Coréens en une dizaine d’années". Et celui de Tom La Sorda de Chrysler qui ajoute pour sa part: "Il faudra compter avec eux avant la fin de la décennie…

Leurs produits sont plutôt bons, mais il faut les adapter aux critères occidentaux d’environnement, de sécurité et d’économies d’énergies". Personnellement je pense qu'ils ont totalement raison.

Seriez-vous prêt à proposer à votre réseau d'étoffer sa gamme avec des véhicules chinois ? Si oui, pourquoi ? A quelles conditions?

Oui, si ces véhicules sont comparables à ceux que nous proposerons dans deux ans... A condition donc que ces véhicules répondent aux critères européens. Mais je pense que d’ici deux à trois ans, ces véhicules répondront à nos exigences en matières de sécurité, d’homologation, de restriction environnementales, etc.

Et un réseau qui vend est un réseau plus fort, alors pourquoi pas ?

A l'instar de Renault et de sa Logan, Hyundai envisage-t-il de produire une voiture "Low Cost" ?

Non. Nous avons la chance que Hyundai nous propose des véhicules dans des segments qui supposent des marges acceptables pour tout le monde. Encore une fois, plus mon réseau offre à la vente des véhicules de qualité, fiables, modernes, innovants et aux meilleurs prix, plus les clients sont satisfaits…