Les « Taxis du Monde » au Mondial de l’Automobile
Impossible d’échapper aux 75.000 Jeepneys qui engluent les routes des Philippines. Ces taxis collectifs constituent l’essentiel du transport ici avec les Trishaw sorte de side-car vélo. La capitale Manille, l’une des villes les plus polluées du monde, en compterait plus de 40.000. D’ailleurs il n’y a pas de chiffre officiel qui varie du simple au double. Un chiffre qui devient raisonnable lorsqu’on l’oppose à ses 13 millions d’habitants qui s’entassent dans la capitale.
Pour les Philippins, la Jeepney est le souvenir de la victoire des Américains sur les Japonais et aussi la symbolique de l’indépendance de ce pays. Elle est issue des dizaines de milliers de Jeep que les Américains laissèrent sur place lors de son indépendance. Des voitures quelquefois âgées de 60 ans qui ont parcouru des millions de kilomètres et qui sont dans un état de fatigue déplorable au point de vue de la mécanique. Déjà, au temps de sa splendeur, il était de bon ton de dire que la Jeep avait tué, à elle seule, plus de G’Is que la deuxième guerre mondiale ! Car si la Jeep a toujours traîné une réputation d’être un 4X4 extraordinaire, la légende était bien plus belle que la réalité. On ne prête qu’aux riches.
Beaucoup de Jeepneys ont été remontées à partir d’épaves oubliées et améliorées avec les moyens du bord et souvent bricolées avec du génie. Par ailleurs, certaines ont été produites localement par la Francisco Motors qui montait un dérivé amélioré et à peine modernisé. Hérissées d’antennes qui montent vers le ciel gris de pollution, largement customisées, elles bénéficient d’une ornementation exubérante et voyante. Parées de coloris vifs et multicolores, elles sont bardées de rampes de phares, d’autocollants publicitaires de grandes marques capitalistes américaines, de bavolets, de coloris vifs, de flasques chromées de roues aux pneus usés jusqu’à la corde.
On s’entasse souvent à dix dedans. Parfois davantage. Il faut dire que le salaire moyen à Manille ne dépasse pas 50 euros par mois. Si c’est un peu plus pour un chauffeur de taxi, il lui faut travailler de longues années pour pouvoir acquérir sa Jeepney. Pour réaliser ce rêve, beaucoup ont dû pédaler de longues années au guidon de leur Trishaw surchargé le long des trottoirs de Manille.
