Les « Taxis du Monde » au Mondial de l’Automobile
Taxis de la Marne
Par Patrice VERGES le 06 octobre 2008
Web Car Center vous invite à vous installer confortablement aux places arrière d’une dizaine de taxis venus du monde entier. Davantage qu’une course balade en taxi, c’est un voyage autour des grandes capitales du monde à travers 100 ans d’automobile auquel nous vous convions. Si vous avez le bonheur d’aller au Mondial de l’Automobile, qui se tient jusqu'au 19 octobre, vous les découvrirez Hall 8 au sein d’une exposition riche de 40 véhicules provenant de 20 capitales du monde.
Pour commencer, c’est dans un taxi de la Marne que vous voyagez ces 7 et 8 septembre 1914. Quatre fantassins derrière, un devant à coté du chauffeur coiffé d’une casquette dont la visière est rabattue sur les yeux. En longues colonnes, phares éteints, à 40 km/h, les taxis roulent vers l’inconnu. L’épuisement se lit dans les yeux des soldats. L’inquiétude se devine dans ceux des chauffeurs qui ne savent pas exactement ce qu’il leur arrive. Tout a été si vite ! Certains ont dû laisser leur client sur le bord du trottoir lorsqu’ils ont été arrêtés par les coups de sifflet lancés par des sergents de ville avec ordre de réquisition immédiate.
Il faut dire que les Allemands sont aux portes nord de la capitale. Leurs canons tonnent. Il faut défendre Paris. Il faut sauver Paris de l’envahisseur ! Comment envoyer le plus rapidement possible des troupes pour contenir l’armée allemande sans utiliser la voie ferrée certainement sabotée ? De toute façon, le service de chemin de fer ne dispose pas de suffisamment de trains encore opérationnels pour transporter sur le théâtre des opérations plusieurs régiments totalisant 6.000 hommes. Le général Gallieni nommé récemment Gouverneur de Paris a l’idée d’utiliser les taxis de la capitale. Hélas, à cause de la mobilisation de leur conducteur, sur les 10.000 taxis parisiens beaucoup sont remisés. Seuls 3.000 restent en circulation. Déjà la majorité des 1.300 appartenant à la compagnie « des Automobiles de Place » de couleur bordeaux en service est réquisitionnée en urgence par la préfecture de Paris sur l’Esplanade des Invalides, dans la soirée sous les interrogations de leur chauffeur.
Epaulés par plusieurs centaines d’autres réquisitionnés au cours de la journée par les forces de police, dans un parcours silencieux, les phares éteints, par série de plusieurs centaines, ils partent en colonne serrée vers un lieu tenu secret. C’est à Gagny où ils chargent les glorieux « poilus » pour le front distant de quelques dizaines de kilomètres. Certains taxis feront plusieurs fois le parcours alors que d’autres rouleront presque à vide ou avec du ravitaillement pour la troupe.
Cette intervention d’urgence permit certainement à l’armée française de remporter la victoire de la Marne, ou du moins, a joué un rôle déterminant dans celle-ci. Cette expédition fut facturée au tarif de la course qui était de 10 centimes les 250 mètres, plus 15 sous de prise en charge soit 150.000 francs à l’armée française qui paya les compagnies et les chauffeurs. Sous le nom de Taxis de la Marne, la Renault AG1qui composait la majorité des 1.100 véhicules est rentrée dans la légende. Lancée en 1905, cette voiture était animée par un moteur de 1.205 cm3 de moins de 10 ch autorisant 45 km/h en charge dont les deux cylindres lui avaient valu le surnom affectueux de « deux pattes » par les chauffeurs. Elle offrait quatre places plus une à coté du chauffeur assis à l’air libre. Si le taxi de la Marne n’a pas gagné la guerre, elle y a contribué. C’était la première utilisation d’une voiture pour un usage militaire. Pas la dernière non plus. Hélas….