Tour Auto : Roulez jeunesse !
Le tour auto
Par Renaud LACROIX le 29 avril 2010
C’est l’histoire d’une étape du Tour Auto Optic 2ooo qui ne se passe pas tout à fait comme prévu. Les voitures engagées dans la course avancent bon train mais la voiture suiveuse, elle, ne suit plus. C’est l’occasion aussi et surtout de découvrir une épreuve hors du temps qui ravit toutes les générations d’amoureux de l’automobile.
L’être humain est masochiste. Toute la journée il est pressé, il court, il veut que tout aille vite sans problème. L’ordinateur qui rame l’insupporte ; les ampoules à économie d’énergie qui mettent du temps à s’allumer le rendent fou ; la voiture qui tombe en rade est son pire cauchemar. Pourtant il est nostalgique et regrette les choses de l’ancien temps. Que fait-il donc pour retrouver sa jeunesse perdue ? Il abandonne le confort de la technologie moderne, en oublie jusqu’à son besoin obsessionnel de fiabilité et ressort des placards ses plus beaux souvenirs. Comble du vice, il trouve même des semblables pour échanger sur « ce qui était mieux avant ». Certains les appellent passionnés, je persiste à dire qu’ils sont masochistes. Le Tour Auto en est l’illustration parfaite du point de vue automobile.
Ce rallye de voitures anciennes réunit chaque année depuis 1992 des propriétaires de véhicules de collection qui participèrent au Tour de France Automobile entre 1951 et 1973. De la Lancia Stratos à la De Tomaso Pantera en passant par l’Alpine A110 et la Ligier JS2, il s’agit d’un florilège de belles mécaniques vrombissantes dont le nombre se montait à 240 pour cette édition 2010. La présence de dix-sept Ferrari 250 GT Châssis Court démontrait bien tout le prestige de cette course. Pour cette année, le parcours se décomposait en cinq étapes étalées du 19 au 24 avril : Paris-Vichy via le Jardin des Tuileries et le circuit de Magny-Cours ; Vichy-Lyon via le circuit de Charade ; Lyon-Megève via le circuit de Bresse ; Megève-Aix-en-Provence ; enfin un dernier parcours vers Beaulieu-sur-Mer en passant par le circuit Paul Ricard. Le Tour Auto n’est donc pas une promenade de santé avec son alternance constante entre piste et rallye sur les petites routes de campagne.
Pour suivre une étape (Megève-Aix) de cette course d’exception me disais-je, quoi de mieux que de le faire dans une voiture d’époque ? Ma Toyota Celica ST205 n’étant pas éligible car trop récente, je lorgnais déjà d’un œil concupiscent les Ford Mustang et autres Aston Martin DB4. Pas suffisamment mûr pour avoir été contemporain de ces merveilles, je ne savais que choisir, attiré d’un bout à l’autre du parc fermé par les rugissements des moteurs comme une abeille butineuse perdue dans un champ de fleurs. Heureusement mes accompagnateurs d’Optic 2000, le partenaire de l’épreuve, ont su choisir pour moi une voiture « formidable ». J’observe la bête, je fais le tour, je me gratte le menton. Quel constructeur a-t-il bien pu concevoir un tel objet, basé sur les canons de science-fiction des années 70 : long capot, arrière profilé, museau plus large que le reste, … ? C’est en voyant la suspension hydrau-pneumatique remonter le train arrière que la lumière se fait : Citroën ! « Oui ! Une SM ! »
Je médite un instant sur la signification de « voiture d’exception » mais les regards admiratifs des propriétaires de Jaguar pour cette SM me font comprendre que mes références sont trop jeunes pour pouvoir l’apprécier à sa juste valeur. Avec un maintien tout présidentiel, je prends donc la place du passager.
Mon pilote s’appelle Loïc Larroquette, un chaleureux passionné de Porsche qui reconnait les modèles d’un seul coup d’œil en comptant les grilles sur le capot arrière. Le troisième équipier est Matthieu Estrangin, mon confrère du Dauphiné Libéré qui n’a pas hésité à suivre le rallye depuis le premier jour. Le soir, au bar de l’hôtel de Megève où nous allons passer la nuit, c’est lui qui établit le road-book d’un air assuré. Comme il connait la région, je le laisse s’accorder avec Loïc sur la route à suivre.
Réveil matinal le lendemain et, à sept heures, le moteur V6 Maserati de la SM ronronne déjà dans le parking. « Ca sent l’essence… » fais-je remarquer, toujours aussi peu confiant dans les produits automobiles français. Mes coéquipiers me répondent que ce n’est rien et qu’elle sent l’essence depuis le départ. Bon, dans ce cas, pas d’inquiétude…
Ugine, Albertville, Sainte Hélène-sur-Isère, les villes défilent et les habitants, prévenus de l’itinéraire par lecture du Dauphiné Libéré, se massent sur les abords de la route afin de nous prendre en photo. Je découvre avec amusement que la SM est aussi appréciée que les Ferrari. Nous décidons de prendre un raccourci pour arriver avant les concurrents au premier point de passage et faire quelques photos des bolides.