Alpine A310 V6 : Passé composite
Par Patrice Vergès le 29 mai 2008
Il était difficile de succéder à une voiture mythique comme la Berlinette adorée par tous les passionnés de l’automobile. On attendait tant et surtout trop de l’Alpine A310 qu’on imaginait en concurrente des Porsche 911.

En 1981, l’Alpine A310 V6 a bénéficié d’un rajeunissement autant esthétique que mécanique au niveau de son train roulant dérivé désormais dérivé de celui de la R5 Turbo
Pas assis, couché. Jambes et bras tendus, le corps décentré dans un habitacle exigu, les mains serrant un volant miniature face à une instrumentation fluo de pacotille, le conducteur type monospace d’aujourd’hui serait complètement décontenancé par la conduite d’une Alpine A310 V6 d’hier.
Autant au niveau de la visibilité avant qui donne l’impression qu’on conduit un aquarium malgré une vision très limitée de la route cependant, que de l’arrière où au contraire, elle est quasi nulle.

Dessinée par un styliste hélas trop tôt disparu ( Michel Boué) la A310 a d’abord vu le jour en 1971 en version 1600 cm3. Ce modèle à 6 optiques se caractérisait par la pureté de ses formes qui s’est peu à peu diluée
Et surtout, ce conducteur percevrait vite l’antinomie entre les deux trains. Léger, léger devant malgré une direction non assistée et au contraire, lourd, lourd, lourd à l’arrière surtout en courbe où il devrait se montrer attentionné avec la pédale d’accélérateur décentrée. Beaucoup trop d’occupations et de questions existentielles pour un conducteur de 2008 dont les faits et gestes sont surveillés par une électronique généralement bienveillante. Pas en 1983 où c’était encore la règle du jeu à respecter pour piloter longtemps et sûrement ce minuscule bolide tapi à 1,15 m du sol.
Si la version Pack GT ne bouge pas trop, bien plantée sur des roues bien nourries, elle tressaute volontiers du postérieur dès que le revêtement est mal revêtu et du nez cherche volontiers son cap en ligne droite ou au freinage. Des signes rappelant qu’il s’agit tout de même d’une voiture de sport à moteur arrière de la génération 70. Une 911 SC de l’époque ne faisait pas beaucoup mieux…
Il a fallu attendre 1977 pour que l’Alpine A310 soit enfin considérée comme une GT digne de ce nom. Lorsqu’elle a vu le jour en 1971, cette super Alpine a déçu. Pas, par sa superbe silhouette fine et pure mais par sa mécanique d’origine Renault. Elle était toujours animée par le même moteur que la Berlinette, un 4 cylindres de 1.600 cm3 en alliage léger issu de la R16 toujours monté en porte à faux à l’arrière. Victime de son poids et volume supérieurs, l’A310 plus confortable et plus habitable n’offrait ni l’allant ni l’efficacité de cette dernière. Un comble ! Une déception inconsolable pour tous les nombreux fanatiques d’Alpine qui durent attendre 1976 pour bénéficier enfin de la part de Renault d’un moteur à la hauteur de leur attente.

Dévoilée en 1976, la V6 se reconnaissait à sa face avant différente à quatre optiques et à ses jantes dites « bandes magnétiques d’ordinateur »
Re-déception, le V6 PRV à 90 degrés emprunté la nouvelle R30 n’était pas le meilleur V6 du marché. Bref, au fil des ans, l’écart avec la Porsche 911 ne fit que se creuser. Car non seulement, ce V6 de 2,7 litres ne délivrant que 150 ch était d’un fonctionnement paresseux mais surtout il donnait le sentiment fort désagréable qu’un cylindre ne fonctionnait pas toujours au ralenti.
Pour arranger le tout, ce gros V6, encore monté en porte à faux à l’arrière, avait altéré le bel équilibre de la A310 victime d’un rapport des masses qui en faisait une voiture ….comment dire avec pudeur ? ombrageuse en conduite soutenue. Mais, Alpine était bien obligé de faire avec ce qu’il avait.
Au fil des ans, la A310 s’améliora recevant une boîte à 5 rapports et surtout en 1981 un tout nouveau train arrière à l’épure plus élaborée, des roues de 15 pouces contre 13 précédemment et les gros freins de la R5 Turbo. Mais, ne vous leurrez pas Renault n’était pas prêt à investir trois francs six sous sur la A310. Si cette dernière bénéficia de ce progrès c’est parce qu’il avait été étudié pour la nouvelle R5 Turbo réalisée pour la compétition.

La V6 se distinguait par son becquet arrière et son moteur 2,6 l V6 emprunté à la R30
Bref, Alpine qui se retrouvait avec les moules de la superbe Groupe 4 championne des rallyes sur les bras décida de les proposer au client sous la forme d’une version Pack en 1982. Car, il faut vous dire que déjà depuis que je vous parle, une petite dizaine d’année a déjà passé et les lignes jugées pures fin 1971 étaient considérées démodées au début des années 80 où on ne jurait plus que par les ailes élargies et les gros becquets racoleurs. Malgré un supplément de prix coquet, 80 % des acheteurs de la A310 le choisirent car non seulement il rajeunissait sa silhouette tout en lui donnant un aspect bestial avec ses larges marche-pieds, ses copieuses boursouflures d’ailes abritant des épais 285/40 X 15 à l’arrière. Difficile de rester de bois devant sa plastique !
Mais, le mieux est l’ennemie du bien. Ventousée au sol sur ses pneus trop adhérents, la Pack était passée du stade de survireuse vicieuse à sous vireuse pas franche du collier non plus, rivée sur son train arrière digne de celui d’une Formule1. Car sous le hayon vitré, il n’y avait toujours que 150 pauvres chevaux. Certes, vu le petit volume de la voiture, ils autorisaient un bon 210 km/h et des accélérations intéressantes ( 28 secondes aux 1000 ) mais un peu jeunes par rapport à celles d’une Porsche 911 SC de plus de 200 ch.

En fin de carrière, la V6 a bénéficié du kit de la groupe 4 championne des rallyes. Ses ailes élargies lui donnaient une silhouette plus agressive
En 1983,le centre Alpine de Boulogne développa un kit 193 ch qui transformait ce V6 atone en mécanique plus alerte. Dans un épais feulement grave après quelques engorgements jouissifs des deux Weber triple corps, la A310 engloutissait les 1.000 mètres en moins de 27 secondes avant de déchirer l’air à 235 km/h malgré un Cx qui en avait pris un coup. Mais, surtout, cet accroissement de puissance optimisait la Pack GT trop dimensionnée en pneus en véritable sportive vive et plus agile du fondement, virant de façon plus progressive à condition qu’on ne la brusque pas et qu’on possède un minimum de talent. Mais son prix surréaliste limita ce plaisir à une vingtaine de voitures sur les 9.200 A310 V6 construites jusqu’en 1984.
La A310 était déjà une voiture crépusculaire qui marquait de surcroît la fin d’une époque. Celle, des constructeurs artisans de la lignée d’Alpine, DB ou Matra fabriquant de véhicules sportifs en composite animés par des mécaniques dérivées de la série. Dorénavant, les acheteurs désiraient bien davantage d’une voiture sportive. L’époque du romantisme automobile était bel et bien terminée !