Citroën 2 CV : nos plus belles années

Par Patrice VERGES le 21 mai 2007

La 2 CV n’est plus une voiture. Elle est devenue une institution, une légende, un mythe, un monument historique mécanique et surtout un élément de notre vie que nous ayons de 7 à 77 ans.

La crise de l’énergie de 1974 a redonné une nouvelle jeunesse à la 2CV Citroën qui a battu ses records de ventes près de 30 ans après sa naissance

Il n’y a pas une 2 CV mais des 2 CV. Au cours de ses 40 ans de vie, cette voiture s’est adressée à des couches sociales différentes au fur et à mesure que le temps filait. Fin 1975, date de naissance de la 2 CV Spécial, c’était déjà une vieille dame âgée de plus de 30 ans.

Mais, une vieille dame indigne car plus elle vieillissait, plus elle séduisait les jeunes en quête d’essentiel, accrochés par son image totalement décalée et anticonformiste. La 2 CV fut certainement la seule voiture adorée par ceux qui détestaient la bagnole.

Retour aux sources

La 2 CV spécial dévoilée fin 1975 renouait avec les valeurs des premiers modèles. Elle se reconnaissait à ses 4 glaces latérales contre 6 depuis 1967 pour le modèle normal et ses phares ronds

C’est pour eux, que Citroën avait sorti fin 1975 la version Spécial qui renouait avec les valeurs fondamentales des premiers exemplaires. Elle était revenue aux 4 glaces latérales, aux phares ronds désormais rectangulaires depuis l’année précédente, à l’équipement réduit au plus strict du minimum et même à l’ancien grand volant surplombant un minuscule compteur de cyclomoteur avec des garnitures intérieures simplifiées. Un véritable retour à l’esprit de son créateur Pierre Boulanger.

Heureusement, elle avait conservé les timides évolutions techniques saupoudrées par Citroën au fil de sa carrière ; le 435 cm3 poussé à 24 ch Din apparu en 1970, les amortisseurs chargés de tempérer ses interminables dodelinements de caisse et les joints homocinétiques de cardan évitant les ridicules hoquets au démarrage.

Autre avantage, Citroën avait serré son prix inférieur de 10% à celui du modèle normal mieux présenté avec 11.854 francs contre 12.652 pour la normale et 13.052 pour la version 2CV6.

A l’écoute de l’autre

Pour vendre sa 2Cv, Citroën a beaucoup abusé des séries spéciales comme ce modèle Spot dévoilé en 1976. Elle a été suivie de la France 3, Dolly, Cocorico, etc

Se balader en 2CV est une expérience passionnante. Rien au monde n’attire plus la sympathie que ce véhicule encore familier. Ses phares en forme d’oreilles de Mickey tétanisent les jeunes enfants, elle ranime le feu éteint du regard des jeunes ados. Enfin, en illuminant le visage des adultes, elle provoque la mise en route de leur machine à souvenirs. Si vous désirez faire du social, ce n’est pas la peine de vous inscrire à SOS Amitié. Roulez en 2 CV.

Aucune autre voiture ne génère autant le retour sur soi-même et l’envie de se raconter aux autres. Car, avec plus de 5 millions d’exemplaires fabriqués, elle en a motorisé des millions et des millions de gens riches en anecdotes à raconter autour d’elle. Même les animaux. Ils reconnaissaient entre 1.000 autres, le son caractéristique de son petit flat-twin. 500 mètres avant le portail de la maison, Tom ou Ponpon savait que c’était sa maîtresse ou son maître qui arrivait en 2 CV ! Ce n’est plus le cas aujourd’hui ou Tom 5 et Ponpon 4 sont incapables de distinguer la sonorité du bloc PSA commun à une 206 ou C3.

Un son si particulier que notre mémoire a gravé dans son disque dur comme celui, ululant du démarreur qui peine à lancer la mécanique, au chuintement aigrelet, fruit de l’air pulsé par la turbine se déchirant sur les ailettes des cylindres, davantage teinté de bruits mats sur le 435 cm3 plus poussé.

Les deux visages de la 2 CV

Née fin 1980 en série spéciale limitée à 8.000 exemplaires, la Charleston a rencontré un tel succès qu’elle a été intégrée dans la gamme normale. Uniquement livrée en version 3 CV, elle ne coûtait que 500 francs de plus que la Club

Selon le profil du terrain, il y avait plusieurs 2CV. Même en 1976, ses 24 ch contre 9 lors de sa naissance en 375 cm3, n’en faisaient pas une Formule1. Pied au plancher, elle frôlait 100 km/h dans le joyeux vacarme du moteur et des claquements secs de la capote. Doubler un camion roulant à vive allure, exigeait du courage teinté d’une bonne concentration au volant pour juguler les remous d’air.

En côte, surtout en charge, la voiture s’écroulait dans le hurlement lancinant du moteur qui acceptait à fond de troisième de prendre 7.000 tours. En revanche, en faux plat, à 120 compteur, elle se transformait en redoutable descendeuse à la capote gonflée par le désir en avalant les creux, en ingurgitant les bosses, en ingérant les virages dans des déhanchements spectaculaires limités uniquement par la hardiesse du pilote qui devait tirer très fort sur volant.

Généralement humilié au sein de la circulation, celui-ci prenait sa revanche en descente en oubliant bien des voitures plus puissantes. Il la prenait aussi l’hiver sur routes mouillées ou neigeuses où rien, même pas Dieu n’aurait arrêté une 2 CV sauf le froid car il ne faisait pas bien chaud dans son habitacle à peine tiédi par un chauffage symbolique.

Toujours trop...

La 2 CV a toujours gardé sa spécificité d’être facilement découvrable. Mais, dans les années 80 où le cabriolet n’était plus à la mode ce n’était plus un argument commercial

La conduire était un grand moment dans une vie. Assis, trop engoncé sur des sièges trop souples à lanières, trop haut ou trop bas, face à un pare-brise trop petit, coincé contre un trop grand volant plat qui prenait trop de place dans un habitacle trop étriqué, on se disait qu’on n’y arrivera jamais.

Malgré les portes fines comme du papier à cigarette, on se touchait en 2CV. Les cuisses du conducteur frôlaient celles de la passagère et réciproquement. Cette promiscuité donna le jour à de nombreuses idylles et même plus si affinités. Pourtant, ce n’était pas la voiture idéale pour cela à cause de la dure armature centrale des banquettes et la souplesse de sa suspension attirant immédiatement l’attention sur un parking sombre du bal du samedi soir.

Victime de sa mauvaise visibilité, son dégivrage symbolique, son volant ferme laissant un minimum d’espace aux mains coincées contre le dégivrage pour tourner, sa pédale de freins dure et grinçante, son moteur hoquetant au démarrage, la 2 CV n’était pas une voiture idéale en ville sauf au niveau de sa consommation d’essence dépassant rarement 7 litres aux100. Mais, comme la Cox, c’est un véhicule qu’on aimait plus pour ses défauts que pour ses qualités.

La voiture des premières fois

La 2CV laisse le souvenirs des jours heureux qu’on ait 30 ou 60 ans. Dans une 2 CV, il y a toujours un peu de nous

Même si ce n’était pas la plus belle auto du monde, on était en empathie avec elle. On l’aimait car on se doutait inconsciemment qu’un jour on la regretterait. C’était la voiture des premières fois avec qui on partageait des moments de vie ensemble.

Les premières vacances à Palavas, les rires des enfants, la crevaison sous la pluie, la panne d’essence, la première fois que l’autre nous avait dit, je t’aime, la visite à ses parents le dimanche, le véhicule du premier job, du premier bébé dont on coinçait à l’arrière le couffin contre le dossier de banquette avant, tout ça avec le sentiment de penser que notre vie qui venait de commencer serait éternelle. C’est la 2 CV qui l’était….