La Citröen DS19

Citroën DS19 un salon roulant (1/2)

Par Patrice VERGES le 02 novembre 2005

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Fin 1955, la DS 19 sépara brutalement l'automobile en deux catégories. La DS19 et tous les autres véhicules. Cette Citroën fit passer l'automobile de l'age de bronze à celui de la lumière.

Citroën DS19 un salon roulant

1955 la sortie de la DS19

Jamais, une aussi étrange voiture n'avait été vue sur les routes de France. La DS ne ressemblait en rien de ce qui existait alors. Elle semblait venir d'une lointaine galaxie par rapport à une Traction ou Aronde et quelques américaines qui composaient la majorité du parc motorisé d'alors. Ce n'était pas une automobile.

C'était de la science fiction automobile à l'envers car la DS était différente des voitures du futur en forme de fusée spatiale comme on se les imaginait à l'époque. Chaque fois qu'une DS s'arrêtait, un attroupement se formait autour de cet objet roulant identifié aux formes informes de gros batracien à la teinte vive se soulevant ou s'abaissant au gré de son humeur.

Un salon roulant
Citroën DS19 un salon roulant

Absence de calandre et silhouette en forme de goutte

La DS se singularisait par son absence de calandre, signe de statut social ces années là, sa silhouette en forme de grosse goutte d'eau surmontée d'un pavillon mourant en pente douce vers des clignotants en cornet. La luminosité des surfaces vitrées donnait l'impression que son toit tenait miraculeusement en l'air par lévitation.

Elle a aussi, par son niveau de prestations, conduit à démocratiser des équipements jusque-là réservés à quelques véhicules d'exception, telles les assistances de direction et de freinage. Rappelons qu'à cette époque, même les plus prestigieuses voitures européennes n'en disposaient pas.

L'extérieur n'était rien par rapport à l'intérieur. Ce curieux volant monobranche qui semblait venir de nulle part ne rassurait pas toujours. Il en était de même pour cette dérangeante planche de bord dont l'asymétrie choquante nourrissait le sentiment qu'elle allait tomber du coté droit.

S'asseoir dans l'habitacle était un grand moment car cet acte pourtant si banal prenait une dimension cérémoniale. Après avoir enjambé les longerons on descendait dans une DS qui s'écrasait sur ses sphères en s'enfonçant profondément dans des siéges étonnamment moelleux avec la curieuse sensation d'être assis sur une chaise qui aurait le confort d'un fauteuil de salon tandis que les pieds se dérobaient sur un plancher douillet rembourré de Dunlopillo.

Citroën DS19 un salon roulant

Curieux volant monobranche qui semblait venir de nulle part

Mais tout ceci, n'était encore rien par rapport à la conduite. Les rares qui purent la conduire en cette fin 1955 et qu'on regardait comme des héros se répandaient en propos laudateurs voire hystériques à son égard entremêlés de contre-vérités enjolivées qui en faisaient une espèce d'être mécanique supérieur et intelligent conduisant pratiquement à la place de son conducteur.

On raconta tout et n'importe quoi. C'est vrai que la DS19 proposait des raffinements et aides à la conduites rares en 1955.

En fait, il fallait des milliers de kilomètres pour bien la maîtriser et assimiler tous ses particularismes et goûter ses qualités dynamiques révolutionnaires il y a près d'un demi-siècle.

A en perdre les pédales
Citroën DS19 un salon roulant

Voiture de l'Etat par excellence

Cela dit, une DS exigeait un véritable apprentissage. Après avoir démarré à l'aide du gracile levier de vitesses qu'il fallait pousser ou tirer de deux doigts légers selon une grille anachronique, il fallait réapprendre ce pédalier qui faisait perdre les pédales à cause de son absence d'embrayage et surtout du minuscule bouton de frein impossible à doser qui envoyait systématiquement les passagers dans le pare-brise. Il fallait effleurer cette curieuse direction assistée qui dérouta, on s'en doute, les anciens possesseurs de Traction habitués à manier un volant comme on soulève de la fonte.

Lors des premiers démarrages, le conducteur novice de DS qui exigeait un grand espace visuel pour oser un créneau loin des regards inquisiteurs avançait par ridicules bonds successifs sur une trajectoire sinusoïdale, complètement épouvanté par ce volant dur et doux à la fois, ce freinage trop puissant et cet embrayage automatique exigeant d'emballer légèrement le moteur pour décoller la voiture.

Lancée, la DS19 avalait la route avec gourmandise et en douceur tel un tapis volant en gommant toutes les aspérités de la chaussée sauf les passages à niveau assez fréquents en 1956 où elle régissait sèchement. Son conducteur avait la sensation jubilatoire de piloter plus qu'une voiture une sorte de salon roulant sécurisé par un freinage ahurissant, obstinément accroché à sa trajectoire que rien et personne au monde même Dieu ne pourrait faire dévier surtout si la route était glissante voire enneigée. La DS effaçait les virages, gommait les courbes, refaisait la route réinventait l'automobile.

 

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