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Opel GT : le rêve accessible

Tuée par les normes US

Par Patrice VERGES le 21 juillet 2006

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Au milieu des années 60, pour dépoussiérer son image, Opel décida de s'attaquer au marché des GT sportives accaparé par Alfa Romeo et Triumph. Pour le pénétrer, GM raisonna avec sa mentalité américaine. Résultat, si l'Opel GT rencontra un gros succès aux USA, ce fut loin d'être le cas en Europe.

Tuée par les normes US

L'élégante Opel GT s'inspirait fortement de la silhouette de la Chevrolet Corvette1968

Les trois quarts des 103.380 Opel GT produites seulement 5 ans furent vendues aux USA contre, par exemple 3.093 en France et seulement 1.613 en Belgique.

Pourtant fin 1968, lorsque les premières GT furent livrées, sa silhouette de Chevrolet Corvette en réduction suscita bien des regards admiratifs. Physiquement, elle avait tout pour séduire ; longue proue effilée trouée de prises d'air prometteuses, profil finement musclé prés du corps, hanches galbées en taille 38, poupe tronquée avec amorce de becquet. Des détails stylistiques forts renforçaient son caractère sportif ; phares rétractables, gros bouchon de réservoir compétition, double grosses sorties d'échappement trouant sa croupe.

Son habitacle revêtu de noir inspiré de celui de la récente StingRay US n'était pas en reste avec son petit volant bois tulipé, sa large console centrale constellée de manomètres et d'où émergeait un court levier de vitesses, ses étonnants siéges intégraux inédits sur une européenne imposant une conduite sportive, bras et jambes tendus. Le rêve ! Enfin, le capot soulevé laissait apercevoir un gros 4 cylindres bien reculé dans l'habitacle recouvert d'un couvre-culbuteurs en alliage léger strié d'ailettes de refroidissement symbolisant une préparation poussée.

Des dessous de série
Tuée par les normes US

L'agréable poupe tronquée se caractérisait par son absence de couvercle de coffre ne facilitant pas le chargement des bagages

Esthétiquement, tout était fait pour impressionner favorablement le futur acheteur et le passant tranquille. Lorsque les exégètes analysèrent la GT en détail, le tableau leur apparut hélas moins réjouissant.

Les Européens ne s'y laissèrent pas tromper plus sensibles aux valeurs et au nom emblématique véhiculés par une automobile sportive tandis que les Américains moins torturés au niveau du moi profond s'attachent uniquement au produit fini au demeurant fort valorisant pour son acheteur sans se poser de questions existentielles sur les moyens plutôt grossiers utilisés par Opel pour y parvenir.

En fait, le beau volant était en faux bois mais vrai plastique, les deux échappements se résumaient à un simple double embout générant une sonorité hélas sans âme, le moteur était emprunté à la Rekord 1900 de papa tandis que le châssis était celui d'une Kadett plus ou moins Rallye dont on avait simplement reculé le moteur de 40 cm.

Cela dit, il faut admettre que l'Opel GT vendue 18.000 francs français 1969 était assez bon marché pour un coupé aux formes aussi évocatrice dont les 1,25 m de haut contre 1,58 m de large en font aujourd'hui une toute petite voiture. C'est l'utilisation de pièces de série qui avait autorisé ce tarif. Le prix a en payer était surtout l'utilisation du 1,9 l strictement de série délivrant 90 ch Din ; une puissance honnête alors. Le plus critiquable, c'est que ce moteur de voiture de chauffeurs de taxi n'avait rien de sportif dans ses réactions, pas de râles sourds ni du coté de l'échappement et encore moins de l'admission à simple carburateur Solex avec pour corser le tout une boîte de série de familiale mal étagée.

Une bonne sportive
Tuée par les normes US

l'Opel GT offrait un habitacle très valorisant notamment au niveau de sa planche de bord trouée de nombreux petits manos inclinés dans le sens de la vision du conducteur, petit volant tulipé, console centrale, etc

Surtout, n'en tirez pas la conclusion hâtive qu'elle n'était pas une vraie sportive. Car ceux qui passaient le cap de ses gros clins d'oil racoleurs, se retrouvaient avec une voiture finalement assez amusante et efficace.

Grâce à son bon Cx et surtout sa faible surface frontale, elle atteignait 185 km/h ce qui était bien, accélérait assez fort grâce à ses 940 kilos avec le 0 à 100 en 11 secondes et les 1000 mètres en 33 secondes tout en consommant une grosse dizaine de litres de carburant et démontrant une robustesse bien supérieure aux sportives de son temps.

En plus, à condition d'accepter sa suspension très ferme fréquente chez ses congénères, la Franco Allemande , car la GT était construite en France chez Chausson et terminée chez Brissonneau et Lotz avant de revenir en Allemagne où elle était motorisée, laissait transpirer un excellent comportement routier.

Elle avouait une belle répartition des masses due au centrage reculé de la mécanique et une suspension résolument sportive surtout à l'arrière confiée à un essieu tout ce qu'il y a de rigide mais bien guidé privilégiant largement la tenue de route au confort oublié. Une direction à crémaillère parfaite, un freinage mixte puissant, une nette propension à survirer dès que la chaussée devenait grasse et une commande de boîte rapide parachevaient ce tableau positif.

Un bémol toutefois. Pour abaisser le coût et accroître la rigidité de la carrosserie en tôle, le couvercle de malle avait été zappé. Il fallait glisser les bagages et la roue de secours dans l'emplacement situé derrière les sièges par la porte, manipulation pas très rationnelle. Evidemment, pas question de transporter un passager à l'arrière sauf sur quelques kilomètres en travers ce qui a nuit gravement à sa carrière, défaut que l'on accepte sur une voiture à moteur central mais pas sur une à moteur avant !

Tuée par les normes US
Tuée par les normes US

En 2007, l'Opel GT fera son retour. Il s'agira d'un spider à moteur turbocompressé dérivé d'un modèle américain de la GM

Paradoxalement, c'est son succès aux USA qui fut le responsable de sa disparition brutale en 1974 même si on avait assisté à l'érosion des ventes dès 1972 que la firme au Blitz tenta d'enrayer en baissant ses prix à l'aide d'une version GT/J simplifiée.

Les nouvelles normes US d'anti-pollution et de sécurité passive imposaient une grosse chute de la puissance pour le 1,9 l et une nouvelle face avant caparaçonnée qui l'aurait vitriolée. GM préféra jeter l'éponge d'autant que Brissoneau et Lotz venait d'être annexé par Renault.

Il suffisait de presque rien, peut-être un peu plus de sensualité par-là, du romantisme par-ci pour que la GT connaisse un meilleur destin du moins en Europe, au détriment certainement de sa carrière américaine. Mais surtout cette voiture a donné du bonheur à une génération de jeunes quinquagénaires d'outre-atlantique qui l'ont adorée et dont les enfants avaient quitté le nid familial.

Avec, ils achetaient beaucoup plus que la sportive qu'ils n'avaient pas eue quand ils étaient jeunes et fauchés avant que les enfants leurs en empêchent. Avec la GT , ils achetaient ce sentiment qu'on a encore toute la vie devant soi et des tas de choses à découvrir. Bien avant la DHEA , L'Opel GT a été un formidable élixir de jeunesse.

Caractéristiques techniques

Coupé deux places

Propulsion à moteur central avant, 4 cylindres de 1897 cm3 alimenté par un carburateur double corps, puissance 90 ch DIN à 5.100 tr/mn, 11 cv fiscaux

boîte de vitesses à 4 rapports

Suspension avant indépendante à ressort à lames transversal, essieu rigide à ressorts hélicoïdaux à l'arrière

Freins à disque à l'avant, tambours à l'arrière

Pneus 165 X13

Longueur 4,11 m, largeur 1,58 m, hauteur 1,21 m

Empattement 2,42 m

Poids 940 kilos

Vitesse maxi 180 km/h

Prix en octobre 1968 18.000 francs, environ 28.000 € 2006