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Porsche une jeune marque de 60 ans

Par Patrice Vergès le 09 juin 2008

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Juin 1948 ; Ferry Porsche se glisse au volant du minuscule roadster en forme de baignoire renversée. Dans le battement grave du 1100 cm3 VW, tel un chamois, le roadster gris aluminium s’élance gracieusement dans les lacets de la route qui grimpe au sommet de la montagne autrichienne. Une légende vient de naître.

En 1955, Porsche n’était encore qu’une petite entreprise automobile qui ne produisait que quelques milliers de voitures par an

Baptisé 356, il a été réalisé en quelques mois par l’équipe de Ferry, fils de Ferdinand Porsche. Ce dernier, après 22 mois de captivité dans les prisons françaises a découvert ce prototype à partir d’une base de VW Coccinelle. C’était la première voiture à s’appeler Porsche.

Après avoir soigneusement étudié les plans, le vieil homme lui avoua « je ne l’aurai pas faite autrement ». Un magnifique compliment de la part de l’un des plus grands ingénieurs de l’automobile.

De la F1 aux chars d’assaut

Ferry Porsche (1909/1998) devant le portrait de son père Ferdinand qui a disparu en 1951

A 20 ans, ce fils de ferblantier réalise sa première voiture électrique avant d’être engagé chez Austro-Daimler, firme autrichienne, puis chez Mercedes après la guerre de 1914-18 où il donne le jour aux fameuses SSK à compresseur.

En 1931, à 55 ans il crée enfin son propre bureau d’études à Stuttgart en Allemagne. Son immense renommée lui permet d’être sollicité par de nombreux constructeurs notamment Auto-Union. En 1934, le régime nazi lui demande d’étudier une voiture économique destinée à motoriser le peuple allemand. Ferdinand planche sur un véhicule en forme de coccinelle, animé par un original moteur refroidi par air monté à l’arrière. Las, en 1939, le terrible conflit qui oppose l’Allemagne au reste du monde empêche la première Volkswagen, c’est son nom, de sortir des chaînes.

Repliés en Autriche, Ferdinand et son fils surnommé Ferry travaillent pour l’armée allemande. A la fin de la guerre, pendant que le père est jeté arbitrairement en prison par les Français qui ont vaincu le peuple allemand, Ferry travaille sur le prototype de la 356 concocté à partir des pièces de la Volkswagen. Grâce à son 1100 cm3 VW gonflé placé en position arrière, sa légèreté et son aérodynamique, la Porsche frise les 140 km/h. Déjà, par-ci par-là quelques clients se manifestent pour l’acheter. La demande est telle, qu’après 52 voitures fabriquées en Autriche, son montage est transféré en Allemagne, à Zuffenhausen en 1950. Rien n’allait arrêter son histoire même pas la mort de Ferdinand Porsche en février 1951.

Première 24 heures du Mans

Aux débuts, le montage des 356 était réalisé artisanalement avec des carrosseries sous traitées

C’est l’année où pour la première fois une Porsche est engagée aux 24 Heures du Mans. Le début d’un long mariage d’amour entre cette course et la marque. Avec le temps, la 356 va se bonifier tout en conservant son extraordinaire agilité née de son architecture inspirée de la VW. Au fil des années, son flat-four va grimper de 1100 cm3 à 1600 et sa puissance de 40 à 75 chevaux et même plus de 100 ch sur la Carrera qui verra le jour en 1956, année où Porsche fêtera sa 10.000 voiture produite.

Réalisée en moyenne série par des ouvriers qualifiés et avec énormément de soin, la 356 est chère par rapport à ses concurrentes européennes nommées MG, Healey, Triumph. Néanmoins, sa maniabilité et sa vélocité en font une voiture de sport pas comme les autres.

Fabriquée pendant prés de quinze ans, la 356 sans cesse améliorée totalisera 78.000 exemplaires jusqu’à l’arrêt de sa production en 1965.

Feulement métallique

La 356 qui a été la première Carrera a connu une belle carrière sportive

Remplacer la 356 ne fut pas facile. Il fallait que la future Porsche tout en conservant l’architecture si particulière de son aînée soit plus confortable, plus rapide et plus vaste. Rappelons que la marque connaissait un bel engouement aux Etats-Unis depuis que des anciens GI’S en poste en Allemagne étaient revenus au pays avec la passion de la Porsche.

La 901 rebaptisée 911 sous la pression du Français Peugeot qui avait déposé tous les nombres à zéro au milieu, dévoilée au salon de Francfort ne déçut pas. Au contraire. Ses formes, sa carrosserie lumineuse, son coffre plus vaste situé à l’avant, ses performances élevées de 210 km/h firent l’unanimité. Moins toutefois que l’originale sonorité de son moteur arrière à 6 cylindres à plat refroidi par air de 130 ch distillant un feulement métallique du plus bel effet qui lui donna sa réelle personnalité. La 911 fut tout de suite un succès qui permit de grimper à près de 15.000 voitures produites dès 1969. Petit à petit sa cylindrée s’éleva comme sa puissance pour friser les 190 chevaux en 2,4 l en 1972. La même année, Ferry décida, à 62 ans, d’abandonner la tête de la société toujours familiale, restant évidemment président du conseil de surveillance.

Monstrueuse 917 !

Porsche devra attendre 20 ans pour s’imposer pour la première fois au Mans en 1971 avec sa 917

Entre temps, il avait nommé à la tête du bureau d’étude, Ferdinand Piëch, fils de sa sœur, Louise. Piëch était persuadé que si la course était capable de générer une meilleure notoriété à la firme, seule la victoire comptait !. Pour ce faire, il développa des modèles de compétition plus puissants capables de s’opposer aux Ferrari alors imbattables. Dès 1969, avec son proto 908 3 litres 8 cylindres, Porsche remporta le titre de champion du monde de voitures de sport avant que la surpuissante 917 5 litres à moteur flat-douze de prés de 600 chevaux fasse le vide autour d’elle, permettant à la firme de s’octroyer en 1970, la première de ses 17 victoires aux 24 Heures du Mans.

La crise de l’énergie peu favorable aux voitures de sport, comme la limitation des vitesses et les normes de pollution plus sévères n’avantageront pas la 911 au moteur refroidi par air. Cette évolution incitera la marque à élargir sa gamme à travers la 924 un modèle plus accessible à moteur 4 cylindres refroidi par eau placé à l’avant et par ailleurs, avec un véhicule destiné à terme à remplacer la 911 dont la conception datait tout de même d’une quinzaine d’années. Animé par un imposant 8 cylindres refroidi par eau placé à l’avant, plus convivial, plus vaste et moins typé que la 911, la 928 destinée surtout aux américains permit avec le concours de la 924 de friser la production de 40.000 voitures en 1979.

La nostalgie de la 911

La 911 a été longtemps l’unique cheval de bataille de la petite marque

Malgré leurs qualités, ces modèles n’offraient pas la fascinante personnalité de la 911 à laquelle des fanatiques restaient obstinément fidèle. Au début des années 80, l’Américain, Peter W. Schutz nommé à la tête de Porsche décida de redonner vie à la 911 qui filait sur ses 20 ans.

Ces années furent marquées par la naissance en 1984 de la Carrera 3,2 l de 231 ch et même 320 pour la version turbo 3,3 l, tandis que le moteur Porsche de Formule 1 (TAG) turbo s’adjugeait trois titres successifs de champion du monde pendant que les protos 956/962 alignaient les victoires sur tous les circuits. Ces années-là, Porsche apprit surtout qu’il devait absolument rester fidèle à ses propres valeurs et à ne pas s’évader du concept qui avait fait son succès.

Tempête sur Zuffenhausen

Fin 1963, Ferry devant la 901 (911) qui a changé la destinée de la petite entreprise

Si en 1985, la 911 enregistrait son record de vente 22 ans après ses débuts, au début des années 90, les ventes s’essoufflèrent cependant, chutant à 13.000 voitures. La tempête souffla fort à Zuffenhausen ! Porsche commença à plancher sur la remplaçante de 924-944 et sur celle qui succèdera à la 911 développant maintenant prés de 300 chevaux, plus de deux fois plus que la 911 originale. Voici pourquoi la Boxster dévoilée en 1996 et la nouvelle 911 lancée en 1997 resteront fidèles à la philosophie de leur aînée.

Certes, si pour des problèmes d’écologie, le refroidissement par eau sera généralisé, elles feront toujours appel à un moteur 6 cylindres Boxer placé en position arrière, centrale ou en porte à faux selon le modèle. Elles seront toujours aussi passionnantes à conduire, aussi agiles et toujours aussi merveilleusement musicales malgré les normes sonores sans cesse plus sévères.

Boxster plus Cayenne

Le Cayenne a élargit considérablement la visibilité de l’entreprise aujourd’hui très florissante

Bien accueillie grâce à son prix plus abordable, le Boxster va connaître un grand succès commercial qui va autoriser la firme à sortir du rouge et à retrouver une production digne des meilleurs jours. Il en sera de même pour la nouvelle 911 qui est une évolution logique mais fidèle de son aînée qui peut s’enorgueillir du titre de la durée de vie la plus longue pour une voiture de sport avec plus de 25 ans !

Grâce à l’engouement rencontré par ces modèles, pour la première fois de son histoire, Porsche a franchi en 2004 le cap des 50.000 voitures.

Le Cayenne a ouvert de nouveaux horizons à l’une des plus petites firmes automobiles du monde fière d’annoncer des profits records sur son dernier exercice fiscal. Son futur réjouissant prouve qu’il y a encore de la place enviable pour de petits constructeurs automobiles indépendants qui ont la passion au fond du cœur. Comme un retour aux sources, il vient d’ailleurs de racheter une part du capital de Volkswagen pour en devenir l’un des principaux actionnaires.

Une origine commune

L’emblème de Porsche avec son cheval cabré, comme sur les armoiries de la ville de Stuttgart où étaient construites les 356.

On compare souvent une Porsche à une Ferrari. Si ces deux marques perpétuent la tradition de la voiture à haute performance, tout les oppose. Si une Porsche est moins passionnelle, elle est aussi plus rationnelle. Comme le temps fortifie les amitiés, Porsche a toujours capitalisé sur la durée. La longueur de vie exceptionnelle de la précédente 911 et même de la 356 a imprimé dans le quotidien de plusieurs générations, la vision de ces voitures à la sonorité pas comme les autres. Un adolescent qui a fantasmé devant une 911 en 1965 a pu réaliser son rêve en l’achetant dix ou vingt ans plus tard, devenant à un tour un « porschiste ». Le futur se souvient toujours du passé.

Fait troublant, par leur emblème commun, celui du cheval cabré, ces deux marques se rejoignent. Porsche a adopté ce sigle car c’était l’emblème de la ville de Stuttgart où étaient construites les 356. De son côté, Ferrari avait choisi le cheval cabré car un de ses amis pilote de chasse de la première guerre mondiale, Francesco Baraca avait abattu un avion allemand dont le fuselage portait l’emblème de Stuttgart. Le reste appartient à l’histoire…..