Historique : Quoi de huit ?

Quoi de huit ?..en 1958

Par Patrice VERGES le 29 septembre 2008

Pour les Chinois, huit est un chiffre porte-bonheur annonçant de bons présages. D’où la candidature de la Chine aux Jeux Olympiques 2008. Profitons de ce Mondial de l’Automobile, pour se remémorer brièvement les éditions de ces cinquante dernières années qui se terminent par le chiffre 8. Quoi de neuf au salon de l’Automobile 1958 ?

Comme en 2008, l’année 1958 avait été marquée par une sévère augmentation du prix de l’essence née de la crise de Suez et de l’accroissement des taxes. Le prix du litre de super frisait les 100 anciens francs soit presque deux euros actuels si on l’oppose au pouvoir d’achat de l’époque. Ce 45eme Salon de l’Automobile organisé toujours sous les majestueuses verrières du Grand Palais accueillait deux grandes nouveautés françaises. Il faut savoir qu’avant l’ouverture du marché commun, 95 % des voitures vendues dans l’hexagone étaient d’origine française.

Chez Renault, la grande vedette s’appelait Floride du moins en France car aux USA où elle était également vendue, elle s’appelait Caravelle, nom qu’elle adopta chez nous en 1962. Un coupé-cabriolet aux lignes fort élégantes signées Frua réalisé sur la base de la Dauphine. Animée par la version Gordini de son 850 cm3, grâce à ses 37 ch, cette voiture dépassait 125 km/h. Proposée à un tarif assez raisonnable permis grâce à une fabrication en grande série sous-traitée chez Chausson, la Floride connut un grand succès commercial qui perdura jusqu’en 1967. Majoritairement conduite par des jolies femmes habitant les beaux quartiers, elle fut un peu critiquée par son manque de caractère. D’ailleurs c’est la Floride qui lancera l’expression « voiture de garçon coiffeur ». Terme qui cache pudiquement un manque certain de virilité qu’il n’était pas de bon ton d’exprimer il y a 50 ans ! Quoiqu’on en pense, la Floride était une bien jolie voiture.

Déjà en 1960

Beaucoup de monde aussi sur le stand Simca pour découvrir la nouvelle Aronde à la silhouette rajeunie. Elle innovait par son sigle de P60 qui signifiait « personnalisation 1960 » destinée à mieux ancrer cette berline de 1300 cm3 dans le futur. Pourtant, sous des lignes modernisées et largement américanisées, la P60 cachait les dessous bien connus de l’Aronde née en 1951. La P60 innovait surtout par la multiplicité de ses versions et surtout parce qu’on pouvait la personnaliser en jouant sur les combinaisons de coloris et de garnissages intérieurs grâce à l’informatique appelée encore mécanographie.

Chez les autres constructeurs, excepté des détails de finition et de motorisation, on relevait peu de nouveauté. Il est vrai que Peugeot annonçait encore neuf mois de délais pour sa 403 et Citroën autant pour sa 2CV ! Mais l’arrivée future du marché commun allait bouleverser cette donne. Rendez vous si vous le voulez bien en 1968 !

Continuons notre balade à travers le temps et les chiffres 8 des salons de l’auto du passé. Nous voici Porte de Versailles où des structures plus vastes accueillent depuis sept ans déjà la 55ème édition de cette fête de l’automobile. On remarque une surface accrue dédiée aux voitures étrangères dont les ventes grimpent de jour en jours. L’arrivée des voitures japonaises fait peur aux constructeurs français….

La Peugeot 504 offrait une silhouette moderne très lumineuse se distinguant par ses phares à la « Sophia Loren »

Pourtant après un départ en fanfare, les ventes de la Honda S800 se sont écroulées. Les Toyota, Datsun et Mazda désormais vendues en France ont du mal à séduire une clientèle effrayée par le prix des pièces détachées lié à un réseau fantomatique et une fiabilité pas encore prouvée.

Deux grandes nouveautés chez les Français notamment Peugeot, où la 504 est très attendue. Sur un vaste plateau tournant, elle fait admirer ses dessous où l’on découvre sa très belle suspension à 4 roues indépendantes qui lui offre une tenue de route et un confort exceptionnel il y a 40 ans. Bien que le constructeur au lion s’en défende, on sait bien qu’elle succédera à la 404 auprès de la fidèle clientèle. C’est encore le temps où les clients étaient attachés à un constructeur automobile. Il y avait encore les « Citroënistes » qui en ne jurant que sur la DS s’opposaient souvent aux « Peugeotistes ».

Cette vaste berline animée par un 1.800 cm3 de 10 cv fiscaux a tout pour les séduire. Une silhouette sobre mais lumineuse qui innove par ses phares trapézoïdaux qui lui donnent le regard sucré de Sophia Loren. Sérieuse, un peu trop même, bien construite, rapide (160 km/h) en version injection qui reste une spécificité du constructeur au lion, la 504 rencontrera un gros succès autant en berline qu’en break qu’en coupé-cabriolet dessiné par Pininfarina lancé l’année suivante.

Une R4 endimanchée

Véritables petite Chevrolet Corvette en réduction, l’Opel GT proposée à un tarif compétitif faisait rêver les foules

Sur le stand de la Régie Renault, la nouveauté s’appelle R6 qui concurrence directement la Citroën Dyane lancée au salon précédent. Renault n’a pas peur d’annoncer que c’est une R16 en réduction alors qu’il s’agit en fait d’une base de R4 rhabillée d’une façon plus élégante avec une présentation intérieure plus cossue propulsée par le 850 cm3 de la populaire Dauphine qui a quitté notre vallée des larmes cette année. Elle est chargée de séduire les 1,5 millions de clients de R4 qui ont envie de passer à un modèle plus ambitieux. Si Peugeot gagnera son pari avec la 504 qui séduira les possesseurs de 404, Renault le perdra avec la R6 qui aura du mal à s’imposer. Moins de monde sur le stand Citroën où il y a peu de nouveautés. Seule la Méhari lancée quelques mois plus tôt attire des regards étonnés. Ce véhicule de loisir construit sur la base de la 2 CV qui innove par sa carrosserie en plastique souple en ABS insensible aux petits chocs, sera pourtant produit pendant près de 20 ans.

Deux grandes nouveautés chez les Français notamment Peugeot, où la 504 est très attendue. Sur un vaste plateau tournant, elle fait admirer ses dessous où l’on découvre sa très belle suspension à 4 roues indépendantes qui lui offre une tenue de route et un confort exceptionnel il y a 40 ans. Bien que le constructeur au lion s’en défende, on sait bien qu’elle succédera à la 404 auprès de la fidèle clientèle. C’est encore le temps où les clients étaient attachés à un constructeur automobile. Il y avait encore les « Citroënistes » qui en ne jurant que sur la DS s’opposaient souvent aux « Peugeotistes ».

Sur le vaste stand GM, la foule se presse autour de l’Opel GT. Cette Corvette en réduction animée par un moteur d’Opel Rekord 1,9 l de 102 ch SAE arbore des lignes spectaculaires avec ses phares occultables qui jaillissent des ailes galbées dans un superbe effet qui ravit les enfants. Vendu pour 180 km/h, son point fort est son prix canon de 16.000 francs seulement, soit sensiblement celui de la nouvelle Peugeot 504 à injection. C’était hier, c’était il y a 40 ans.

Sous la pression des constructeurs effrayés par les coûts grandissants de cette manifestation, le Salon de l’Automobile de Paris est désormais biennal. Pas grand-chose de neuf au salon en cette année 1978 car les présentations des nouveaux modèles ne sont plus liées à cet événement comme naguère mais s’égrainent au fil des mois. Beaucoup de premières de ce 65ème salon de l’automobile 1978 ont vu le jour au cours de l’année.

On ne peut pas dire que la Visa aux formes molles avait une esthétique réussie

Dans les milieux autorisés comme dit Coluche, on évoque beaucoup la boulimie de Peugeot à la Porte de Versailles. Après avoir acquis Citroën il y a presque quatre ans, le constructeur sochalien vient de racheter Chrysler-Simca. Cet achat très commenté qui en fait le premier constructeur européen, se soldera par un dangereux revers qui entraînera la marque au lion dans des lendemains laborieux. Mais, comme on dit, c’est une autre histoire.

C’est ce qui explique que la nouvelle Citroën Visa soit, en fait, une Peugeot 104 rhabillée à la sauce du double chevron. Mal rhabillé serait le terme exact car la Visa n’est pas très excitante avec sa silhouette lourde et molle affublée d’un groin inélégant. Une voiture de crise étudiée dans l’urgence qui mettra longtemps à s’imposer grâce à un restylage. La nouveauté chez Renault s’appelle R18 qui succède à la R12. Fausse nouveauté puisque cette vaste berline moyenne à vu le jour quelques mois plus tôt. Pas mal dessiné, flatteuse pour sa cylindrée (1.400 cm3) la R18 fera une jolie carrière que ne connaîtra pas sa sœur la Renault 14 dont la gamme s’élargit à l’aide de motorisations plus ambitieuses.

Chez Simca qui va bientôt changer de nom au profit de Talbot récupéré dans la corbeille de mariage, l’Horizon souffle sa première bougie en célébrant son prix mérité de Voiture de l’Année. Las, sa réussite méritée va se faire au détriment de sa sœur ainée la 1308 qui fête son troisième anniversaire. Berline compacte à 5 portes, l’Horizon rentre en concurrence directe avec la Peugeot 305 lancée fin 1977. Grâce à ses formes classiques à trois volumes élégantes et cossues, ce modèle séduit la fidèle clientèle de la 204 et 304 qui continue sa carrière.

La percée du moteur diesel

La silhouette originale de la Ritmo ne fera pas l’unanimité auprès de la clientèle Fiat.

La percée du moteur diesel se perçoit de jour en jour. Si Peugeot attendra Genève 1979 pour dévoiler sa 604 Turbo diesel, une première en Europe car Mercedes ne le propose que sur sa 300 SD vendue uniquement aux USA, tous les constructeurs y viennent peu à peu. Citroën sur sa CX 2500 qui fait un tabac, Renault sur sa R20, VW sur l’innovante Golf 1600 puis la Passat, Audi en 5 cylindres sur sa 100, Volvo en six sur sa 244 D, Oldsmobile en huit sur sa Delta 88, Opel sur son Ascona et Fiat sur sa 131.

Justement restons chez Fiat qui dévoile sa Ritmo. Cette traction avant dérivée de la 128 concurrente de la Golf dont le succès en Europe ne cesse de croître se singularise par sa silhouette très originale. Si elle ne manque pas d’atouts proposés à un tarif très compétitif, sa carrosserie choquera la clientèle déroutée par ses poignées de formes rondes, son bouclier-calandre aux yeux enfoncés, le curieux dessin de ses enjoliveurs et son aménagement intérieur. Fiat sera contraint de revenir à des standards stylistiques plus consensuels sur la phase 2.

Déjà à l’horizon s’agite le spectre du deuxième choc pétrolier qui va faire grimper le prix du baril à près de 40 dollars et le prix du super à 3 francs. Un sondage effectué auprès des usagers apprend que si le litre d’essence atteint ce prix là, la moitié des automobilistes laisseront leur véhicule au garage...On sait ce qu’il est.

Le temps passe trop vite surtout sur Internet. Continuons notre visite des salons du passé dont le millésime se termine par le chiffre huit. Cette année, l’on parle beaucoup du pot catalytique obligatoire sur les plus de 2 litres dès juillet 1989. Ceci au grand dam de Jacques Calvet et Raymond Levy qui en contestent la nécessité en regrettant son surcoût qui va entraîner une sérieuse augmentation des prix des hauts de gamme.

La Renault 19 se voulait être la Golf française. Hélas elle n’en n’avait pas les qualités notamment de fiabilité

Tous les spécialistes de l’automobile sont unanimes à déclarer que dans quelques années toutes les voitures compteront quatre roues motrices directionnelles. Déjà Honda et Mazda proposent les 4 roues directionnelles en série et pratiquement tous les constructeurs déclinent leur modèle en quatre roues motrices. De la Peugeot 405 à la Citroën BX en passant par la Renault 21 ou l’Espace Quadra. Qu’en reste-il vingt ans plus tard ?

Pas grand-chose de neuf cependant. Rares sont les premières mondiales Porte de Versailles pour ce salon désormais appelé Mondial de l’Automobile. Bien sûr, si la foule rêve devant la sculpturale Citroën Activa à 4 roues directrices, la Renault Megane, gros concept-car aux portes coulissantes et sièges inclinables, la Peugeot Oxia, agressif coupé sportif turbocompressé capable de rouler à plus de 300 km/h, peu de voitures commercialisées excitent les visiteurs. Surtout pas chez Renault dont l’immense stand est surtout dédiée à la nouvelle R19 qui remplace la R11. Un milieu de gamme du segment M1 proposée en 14 finitions et cinq motorisations. Renault assure qu’elle offre une qualité de fabrication et de finition égales à celle de la Golf allemande. A l’usage, il n’en sera rien et la R19 sera obligée d’attendre la phase II pour gommer ses nombreux péchés de jeunesse

On ne parle pas encore de voiture low-cost. Qualificatif qu’on peut pourtant adresser à l’Aleko russe, traction avant moderne vendue à un prix canon. Cette 1500 cm3 devrait être la première d’une lignée de véhicules bons marchés venus des pays de l’Est. La chute prochaine du mur ruinera ces prévisions. Même espoir de la part de Chrysler qui avait disparu suite au rachat de Peugeot 10 ans plus tôt, en faisant son retour dans l’hexagone distribué par Sonauto qui vend déjà les Porsche.

Génération GTI

Magnifique Alfa 164 dont les qualités dynamiques (train avant) n’étaient pas à la hauteur de son plumage. Dommage !

En France c’est la 205 qui, d’un souffle, caracole en tète des ventes grâce à la GTI qui connaît un engouement extraordinaire bien supérieur aux prévisions les plus optimistes. Son sucés a incité tous les constructeurs à développer des bombinettes musclées plus ou moins réussies qui décoiffent.

Les visiteurs de ce Mondial apprécient la silhouette pure mais racée de la nouvelle Alfa Romeo 164, un haut de gamme très attendu ou la dernière Opel Vectra aux formes élégantes et modernes. La dernière génération de la Honda Civic est unanimement plébiscitée surtout par les jolies femmes pas effarouchées par son délai de livraison de 6 mois digne des années 50 et son prix très élevé pour une 1,4 litre.

Le prix du baril de pétrole qui s’est écroulé à environ 10 dollars etb la baisse également de la monnaie américaine ont entraîné la baisse du tarif des carburants. Le super coûte 4,75 francs et le gazole à peine 3 francs (0,45 € ) favorisant les ventes des diesels qui grimpent à plus de 20% de pénétration. Tendance qui incite le gouvernement à augmenter encore les taxes intérieures sur le prix des carburants dès le mois de décembre. Voyez qu’en matière de politique innovante, les gouvernements d'hier et d’aujourd’hui se ressemblent étrangement. Hélas….

En dix ans, le paysage automobile a complètement changé. Le sigle GTI a laissé sa place au sticker « bébé à bord » apposé à l’arrière d’un monospace. L’automobiliste de 1998 s’intéresse d’abord à la sécurité de sa famille qu’il veut à l’aise dans une automobile plus vaste et plus sûre. Balade autour des stands du dernier salon du 20ème siècle.

Dévoilé en 1998, le Citroën Picasso ne sera vendu qu’un an plus tard. Une astuce de marketing pour « occuper « le terrain du commerce

Le Mondial de l’Automobile fête ses 100 ans à travers une large exposition hall 8 consacrée aux véhicules de ce siècle et une surface accrue de 20% dont 3.982 m2 dévolus à Renault qui est crédité du stand le plus vaste de cette 73ème édition. Le succès inattendu de l’Espace qui a été long à se dessiner mais surtout celui du Scenic Renault a bouleversé la donne. Dorénavant, c’est la famille qui fait vendre notamment nos chères tètes blondes car nous rentrons dans la société dite de « l’enfant roi ».

Tous les constructeurs dévoilent des monospaces ; des plus petits comme la Smart qui fait beaucoup parler autant en bien qu’en mal que des plus gros avec le Grand Espace ou Grand Voyager. Citroën découvre son nouveau monovolume réalisé sur la base de la Xsara qui répond au nom osé de Picasso. Un monospace qui ne sera vendu que dans un an seulement car il ne cannibalise aucun modèle de la firme au double chevron. Un concept de marketing osé, destiné à geler de futurs achats et qui réussira plutôt bien.

Opel présente son Zafira concurrent direct des Scenic et Picasso qui complète le Sintra, Fiat surprend par un monospace à la silhouette de batracien qui reprend le nom déjà utilisé de Multipla. Nouveaux monovolumes qui s’ajoutent aux récents Kangoo et Berlingo déclinant ce concept et autres 806 et C8 restylés, Galaxy et Sharan et Alambra, Space Star et Classe A lancés il y a peu. .

La 206 concurrence la Clio

La Nouvelle Peugeot 206 poussera son premier rugissement lors de ce dernier salon du siècle

La grande autre nouveauté est la Peugeot 206 qui va se colleter avec la récente Renault Clio déjà en tête des ventes en France. Celle qui succède enfin à la 205 a déjà accumulé 10.000 ventes depuis sa présentation au réseau le 10 septembre. Elle séduit les visiteurs par la vivacité de ses formes modernes et par le large choix de ses motorisations et sa finition. Bien sûr, elle reçoit un moteur diesel HDI dont la part de marché progresse de jour en jour avec 33 % (73 % aujourd’hui) Où s’arrêtera-t-on ? Il faut dire que l’apparition de la rampe commune inventée par Fiat Alfa, démocratisée par VW et utilisée par PSA ont terriblement accru l’agrément et le rendement de ce type de moteur.

Vues aussi à Paris, la nouvelle Ford Focus aux curieuse lignes gothiques baptisées Edge Design, la superbe Audi TT, l’élégante Alfa Romeo 166, la très sophistiquée Mercedes Classe S plus réussie que la précédente qui a déçu et quelques autres parmi la quarantaine de premières mondiales comptabilisées. Avec plus de 1.250.000 entrées, cette 73ème édition battra tous les records de visiteurs souvent un peu tassés sur les stands prouvant que le slogan du Mondial « Le seul rêve qui vous transporte » est toujours d’actualité. Ce, quelques jours après la ridicule « journée sans voiture » où des écologistes parisiens avaient manifesté leur haine de l’automobile. Avez-vous remarqué ? La journée sans voiture a disparu et c’est tant mieux. C’est vrai qu’il vaut mieux avoir de bonnes idées qui ne sont pas nouvelles que de nouvelles idées qui ne sont pas bonnes. Rendez vous en 2010, même endroit, si vous le voulez bien…..