R8 Gordini 1300
Le blues du bleu (1/2)
Par Patrice VERGES le 17 novembre 2005
Sous sa livrée ordinaire, la R8 Gordini était extraordinaire car elle a transformé de simples spectateurs en acteurs du sport automobile. Retour sur une voiture magique qui a bouleversé toute une génération.

La R8 G 1300 se distinguait de la précédente 1100 par sa calandre 4 phares
Renault a fabriqué en cinq ans seulement 11.617 R8 Gordini dont près de 9.000 1300 type 1135. Autant dire presque rien par rapport à l'empreinte qu'a laissé cette voiture bleue dans le cour des passionnés de l'automobile.
Pourtant, il y a un peu plus de 30 ans, des R8 Gordini, on en voyait partout. Il est vrai qu'il était facile de transformer esthétiquement une vraie R8 en fausse Gordini en la repeignant du fameux bleu France référencé 418 chez Renault et en la chaussant de jantes larges. Mais, la R8 Gordini, c'était bien plus qu'une peinture bleue et deux bandes blanches.
A partir d'une simple R8 ensorcelée par le sorcier Amédée Gordini, Renault avait créé une voiture de sport beaucoup plus performante que la Mini Cooper qui avait lancé le concept de la petite berline sportive. Grâce à un prix honnête fixé à 13.500 francs 1967 soit environ 20.000 euros, deux fois quand même le tarif de la R8, la Gordini permit à une génération de jeunes conducteurs d'accéder à un véritable véhicule sportif. Du jamais vu auparavant. Surtout, elle révéla un nombre impressionnant de jeunes talent grâce à la course notamment la fameuse Coupe Gordini.

C'est la Gordini qui a lancé la célèbre coupe du même nom qui révéla une flopée de pilotes à la fin des années 60
La Gordini bénéficiait d'une caisse renforcée, d'un train roulant surbaissé et surtout d'une mécanique affûtée. Son petit 1255 cm3 délivrait 103 ch SAE ou si vous préférez 88 ch DIN ce qui était beaucoup il y a prés de 40 ans pour cette cylindrée, une puissance doublée par rapport la R8 de papa.
Elle avait été obtenue en partie à l'aide d'une belle culasse hémisphérique gravée du G du sorcier et gavée par une batterie de deux carburateurs Weber de 40 à double corps.
Ce moteur émettait un rugissement caractéristique, feutré au ralenti assez cafouilleux après un certain kilométrage lui donnant un parfum de course avant de se teinter de notes graves en prenant du régime.

Cette voiture a autant brillé en circuit qu'en rallye notamment au Critérium des Cévennes
Pour son possesseur, une R8 Gordini ne faisait jamais assez de bruit et pour mieux qu'il l'identifie à celui de la Coupe ou des rallyes, beaucoup montaient un pot Devil mégaphonique et 4 trompettes d'admission qui muaient le rugissement en hurlement sans fin ponctué d'une succession d'explosions jouissives en décélération.
Ce moteur adorait prendre des tours lus sur le grand compte-tours cerclé de chrome où il n'y avait aucune zone rouge. Un compte-tours qui n'avait pas loin de là, la précision d'une montre suisse en laissant croire que le moulin prenait près de 8.000 tours sur les intermédiaires alors qu'il commençait à bégayer à 7.000 sauf si on l'avait fait équilibrer ou équiper du fameux kit 1296 qu'il fallait prononcer en deux temps 12- 96 pour mieux impressionner les copains au café.
D'ailleurs, pour montrer qu'ils en tiraient tout le jus au passager de droite, beaucoup orientaient le compte-tours pour avoir le chiffre 80 juste devant les yeux et glissaient dans le logement situé derrière la banquette un casque visible par la lunette arrière à l'attention des rares fous qui oseraient s'attaquer à un hypothétique pilote de course.
