La Renault 4 : se souvenir des belles choses
Une compagne des bons et mauvais jours
Par Patrice VERGES le 10 mars 2006
Il y a plus de huit millions de circonstances pour que la Renault 4 ait joué un rôle important dans notre existence ou suscite un souvenir précis entre elle et nous. Que nous ayons 20 ou 60 ans. Portrait d'un membre de la famille de Français moyens.
C'est fou comme une simple carcasse d'acier et de plastique peut marquer plusieurs générations d'individus ! Produite à plus de 8 millions d'exemplaires, la R4 est encore une actrice de notre cadre de vie surtout en zone rurale où elle a pris sa retraite avoir occupé de nombreux emplois au sein de notre société.
Au fil des ans, elle est passée de la voiture du postier, du gendarme, de monsieur le curé, de l'ami Ricoré ou réparateur de chez Darty et du bon père de famille à celui de voiture urbaine ou quelquefois premier véhicule pour jeunes conducteurs à parfois dernier pour les vieux retraités.

Les premières R4 se reconnaissaient à leurs pare-chocs tubulaires pas très pratiques en manouvre.
Vous avez sous les yeux une R4. Lancée fin 1961, la petite Renault attaquait frontalement la 2 CV dont elle s'inspirait outrageusement au plan philosophique dessinée volontairement laide pour paraître plus intelligente.
Elle était proposée en deux motorisations 3 CV (603 cm3) qui n'eut aucun succès et 4 CV (747 cm3) dont cette dernière en finition Luxe. Le constructeur au losange n'imaginait absolument pas que la clientèle plébisciterait la Luxe au détriment des deux autres plus proches de la philosophie plébéienne de la 2 CV. D'ailleurs, ce sigle L rentré dans le langage populaire transforma le nom de R4 en 4L !
Le type standard brillait par sa présentation dépouillée zappant tous les chromes, le cendrier, le plafonnier et même la soufflerie de chauffage, la troisième glace latérale. Malgré ce minimum syndical, elle était encore mieux équipée qu'une 2CV de l'époque.
Pour concurrencer ce véhicule qui avait construit sa réputation sur son aspect économique et son absence d'entretien dû à son moteur refroidi par air, la R4 innovait par son absence de graissage et son circuit d'eau scellé avec vase d'expansion sans rajout d'eau. Une révolution additionnant les avantages des moteurs refroidis par air et par eau qui fit du bruit à l'époque tout comme les rotules en plastique sans graisseur. Mais, à cause du sel qu'on commençait à répandre sur les routes, elles posèrent au début des problèmes de durabilité.

En 1964, une version plus luxueuse appelée « parisienne » se reconnaissant à son élégant cannage épaulait la gamme par le haut.
La R4 formidablement accueillie car c'était une 2 CV en mieux, obligea la firme au Double Chevron à améliorer plus sérieusement sa voiture figée depuis sa naissance.
Avec son moteur 4 cylindres de 750 cm3 de 26 ch SAE issu de la 4 cv, la R4 était beaucoup plus rapide avec 105 km/h contre 85, évidement plus nerveuse (49 s aux 1000). Elle était aussi plus pratique avec son hayon, plus confortable avec sa suspension à barres de torsion et évidement plus moderne.
Ses vices ? Elle consommait un litre aux cents kilomètres de plus que la Citroën et certains agriculteurs la trouvait un peu moins à son aise en chemin creux à cause de ses minuscules roues de 13 pouces s'usant trop vite par rapport à la deux pattes. C'est tout !
Au fil des années, Renault gomma ses défauts en synchronisant la première en 1963, rajoutant enfin un quatrième rapport en 1968, améliorant ses pare-chocs et en redessinant la planche de bord et la calandre tout lui en donnant une image moins austère. Elle cumula plusieurs fois le titre de voiture française la plus produite notamment pendant la crise de l'énergie qui lui redonna un coup de jeune avant que les lois anti-pollutions lui ôtent la vie au bout de 30 ans bons et loyaux services et plus de 8 millions d'exemplaires produits dont un grand nombre de fourgonnettes.

La fourgonnette R4 a connut un formidable succès commercial auprès des artisans.
Redécouvrir une R4 suscite les souvenirs qui entraînent les émotions. D'abord, il y a la sonorité sans pareille de sa mécanique de 4 cv qu'elle conserva jusqu'en 1986 où le fameux Cléon fonte 5 paliers lui succéda.
Son fin tube d'échappement débouchant juste sous la roue arrière, lâche un son que nos oreilles ont encore en mémoire avec au ralenti, ce ronronnement tranquille de machine à coudre Singer. A la fois assez discret à l'extérieur et pas à l'intérieur.
Qu'est ce qui a vieilli le plus dans une voiture âgée de 40 ans ? Eternel leitmotiv.
Certes, il y a la position de conduite, assis droit sur les siéges trop plats, ce curieux petit pare-brise plat mangé par le rétroviseur, l'étroitesse de la voiture, la légèreté des portes qui se ferment sans prévenir sur le genou, la minceur du volant, l'entêtante odeur de caoutchouc. Et, beaucoup d'autres encore.
Mais, c'est surtout le silence à l'intérieur de nos voitures qui a le plus progressé. Avec ses tôles minces expliquant en partie ses 580 kilos, son absence d'insonorisation, sa mécanique plantée dans l'habitacle, son CX de boîte à chaussures générant de violents remous dés 90 km/h épaulé par le sifflement des gouttières et quelques vibrations et résonances des barres de torsion en flexion, la R4 est incroyablement bruyante à l'intérieur. C'était déjà son plus gros défaut en 1962 alors vous imaginez en 2006 !

En 1978, la version économique GTL à moteur Cléon 1108cm3 dégonflé se reconnaissait à ses protections latérales jugées fort pratiques
Les souvenirs retrouvent vite leurs repères notamment ce pied gauche qu'on ne sait pas ou poser, ce droit cassé par la pédale d'accélérateur, ce contact masqué sous le volant trop vertical, et surtout le fonctionnement particulier du levier de vitesses copié sur celui de la 2 CV. Il faut faire pivoter d'une main ferme sa tige coulissante sans oublier que la grille imprimée dans notre mémoire d'homme mur comme la date de Marignan n'est pas tout à fait la même que celle de la Citroën.
Sa conduite fait penser à une balancelle car elle prend beaucoup de roulis à cause de son originale suspension à grand débattement du moins à l'avant alors que l'arrière, au contraire, ferait du genre sauteur surtout à vide.
Malgré son absence d'assistance, la direction étonne par sa douceur et sa précision laissant apercevoir rapidement dès le premier virage sec l'aspect terriblement sous vireur de la voiture qu'il faut éviter de trop solliciter lors des inversions brusques de trajectoire. De toute façon les Simca 1000 et Dauphine étaient bien pires.

La R4 fut l'une des premières voitures à être équipée d'un hayon arrière facilitant le chargement. Un plus par rapport à la 2CV !
Mais, elle étonne encore par la façon dont la suspension boit les bosses, par son habitabilité surtout à l'arrière et la quantité astronomique d'objets qu'elle peut transporter banquette enlevée, son coté bonne à tout et mauvaise à rien et surtout par l'intelligence de sa conception. A l'aise partout.
Tout ceci en fait plus qu'une simple voiture mais une compagne des bons et des mauvais jours de la vie qui nous rappelle toujours à un souvenir. D'ailleurs, tous ceux qui ont possédé une R4 l'évoquent aujourd'hui généralement avec des regrets. Un peu comme si en l'abandonnant pour une plus belle, plus jeune, plus sexy, ils avaient trahi l'amitié réciproque qui s'était tissée entre elle et eux.
Traction avant
Moteur 4 cylindres en ligne à arbre à cames latéral de 745 cm3, Puissance 30 ch SAE (24 Din) à 4.700 tr/mn, 4 CV fiscaux
Boîte de vitesses à 4 rapports depuis 1968
Freins à tambours sur les 4 roues
Pneus 135X13
Longueur 3,67m
largeur 1,49m
hauteur 1,55m
Empattement 2,40 et 2,44 m
Poids 630 kilos
Vitesse maxi 110 km/h
Prix version Export en septembre 1967, 6.900 francs, soit 1052 € environ
