8 questions aux 4 présidentiables vedettes
Le Pen, Sarkozy, Royal et Bayrou
Par Philippe LACROIX le 11 avril 2007
A la suite de ce questionnaire, il ressort que Jean-Marie Le Pen est le plus enclin à revoir tout le dispositif du permis à points et de la répression à l'encontre des automobilistes. Il est le seul à vouloir maintenir l'amnistie pour les petits délits. A noter que François Bayrou et Jean-Marie Le Pen sont d'accord pour augmenter la vitesse de 20 km/h sur autoroute sous certaines conditions et rejettent l'ostracisme anti-jeunes consistant à ne leur accorder au départ que 6 points sur leur permis.
Jean-Marie Le Pen a été le premier à répondre à notre sollicitation, suivi de Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et enfin François Bayrou, d'où l'ordre des réponses à nos questions.
- Webcarcenter: Etes-vous d'accord pour abolir la suppression de points sur le permis quand l'infraction ne s'assimile pas à une conduite dangereuse (port de la ceinture, petit excès de vitesse...)?
Jean-Marie Le Pen: Oui. Je suis partisan d’un assouplissement pouvant aller jusqu’à la suppression du système de points.
Nicolas Sarkozy: En matière de conduite automobile, il n’y a pas de petites infractions. Renverser un enfant est si vite arrivé. Toutefois, je suis conscient qu’une succession d’infractions limitées peut conduire certains automobilistes à perdre leur permis alors même qu’ils ne sont pas de dangereux conducteurs. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a réformé récemment la réglementation pour que la récupération des points perdus dans ce cadre s’effectue au bout d’une année au lieu de trois. Il s’agit d’une mesure d’assouplissement qui permet de concilier les objectifs de sécurité routière et la prise en compte de la réalité des infractions commises.
Ségolène Royal: Le respect de la loi, du code de la route, par tous les usagers, est la condition de notre sécurité commune. Contrairement à ce que vous suggérez, l’absence de port de la ceinture est bel et bien un comportement dangereux, pour le conducteur. Quant aux « petits excès » de vitesse, ils restent des excès de vitesse, dangereux à la fois pour le conducteur et pour les tiers.
François Bayrou: Je ne crois pas que l’abolition de la suppression des points sur le permis pour ce que vous qualifiez de conduite non dangereuse, soit une bonne chose. En effet, un petit excès de vitesse, moins de 20 Km/h, est une conduite dangereuse, si cela ne paraît pas toujours évident sur une nationale dégagée, ou une autoroute, en revanche dans une agglomération ces pratiques sont dangereuses et préjudiciables à la sécurité. Nous avons instauré des limitations de vitesse, elles s’appliquent à tous, quelques soient les voitures, les lieux, il ne s’agit pas de piéger les automobilistes, mais de faire prendre conscience aux gens que la conduite n’est pas sans risque, la perte de points incite à prendre conscience des erreurs. Quand au port de la ceinture,bien qu'il ne permette pas d’éviter l’accident, il peut limiter les traumatismes qui en résultent, le port de la ceinture est obligatoire, ça doit être un réflexe quand on monte dans son véhicule et pour le résultat, c'est une obligation assez moindre.
- Webcarcenter: Etes-vous d'accord pour supprimer les contrôles radar sur zones non accidentogènes, considérés exclusivement comme pièges à fric?
Jean-Marie Le Pen: Oui. Les radars fixes ne doivent être implantés que dans les zones où ils se justifient par leur caractère dissuasif, et donc être correctement signalés, ne serait-ce que pour éviter qu’ils ne deviennent eux-mêmes accidentogènes (freinages intempestifs…). De plus, leur impact doit être évalué (baisse réelle du nombre et de la gravité des accidents), la décision de les maintenir ou de les enlever dépendant de cette évaluation.
Nicolas Sarkozy: Les radars automatiques ont été installés dans les zones les plus dangereuses, en toute transparence puisque leur présence est indiquée aux automobilistes. Il n’y a pas de radar « pièges à fric », mais des radars « protecteurs de vie ». Comme vous le savez, grâce à la politique menée, nous avons sauvé 10.000 vies en cinq ans et plus de 100.000 blessés, et derrière, ce sont des milliers de familles qui ont été épargnées.
Ségolène Royal: La mise en place des radars automatiques a permis d’agir sur l’une des deux causes principales d’accident, les excès de vitesse, car cela amène les conducteurs à « lever le pied ». Il s’agit donc d’une mesure qui a donné des résultats. Les limitations de vitesse s’imposent en effet à tous les conducteurs, en tous points du territoire, en veillant à les installer dans les endroits où le plus d’accidents sont constatés.
François Bayrou: Si les automobilistes respectent les limitations de vitesse instaurées, les radars ne sont pas des pièges à « fric » comme vous le dites. Pour les radars fixes, qui plus est ils sont annoncés au préalable. Enfin, si certaines zones ne sont pas accidentogènes, c’est peut être aussi en partie grâce à ses contrôles qui rendent les automobilistes plus vigilants.
- Webcarcenter: Etes-vous d'accord pour plus de rigueur dans l'interpellation des véhicules mal identifiés lors d'un contrôle radar ?
Jean-Marie Le Pen: Oui. Il est inadmissible que le processus « constatation de l’infraction – sanction » soit totalement automatisé, c'est-à-dire déshumanisé, et que les personnes verbalisées ne puissent contester les erreurs produites pas des machines qu’en payant ou en dénonçant un autre conducteur. La « justice » doit être rendue par des hommes.
Nicolas Sarkozy: Aucune technologie n’est infaillible et le système de radars automatiques doit s’améliorer constamment pour atteindre plus d’efficacité. L’infraction ne peut être sanctionnée que si elle a été constatée de manière incontestable.
Ségolène Royal: Les propriétaires des véhicules ont d’ores et déjà la possibilité de contester l’infraction, en apportant la preuve qu’ils ne se trouvaient pas à l’heure dite à l’endroit où cette infraction a été relevée. Les véhicules mal identifiés qui mettent gravement en danger la sécurité routière doivent naturellement faire l’objet des recherches nécessaires.
François Bayrou: Oui il me parait normal qu'un véhicule quel qu'il soit, puisse être clairement identifié, donc je suis pour plus de rigueur dans l'interpellation.
- Webcarcenter: Etes-vous d'accord pour moduler la vitesse sur autoroute à la manière allemande? (Sur les portions non limitées, les camions n'ont pas le droit de se doubler).
Jean-Marie Le Pen: Oui. Je suis favorable à une modulation de la vitesse et à un relèvement de la vitesse à 150 km/h sur les autoroutes en fonction des conditions météo et de la nature des lieux, notamment sur les portions à trois voies qui ne présentent pas de danger immédiat.
Nicolas Sarkozy: Ce qui caractérise les autoroutes allemandes, c’est surtout l’absence de limitation de vitesse sur une grande partie du réseau. Cette situation est régulièrement remise en cause, en Allemagne comme en Europe, à la fois pour renforcer la sécurité routière et limiter l’émission de gaz à effet de serre. S’agissant de la France, je tiens à rappeler que la vitesse est l’une des premières causes d’accidents de la route. Je pense donc qu’il n’est pas souhaitable de supprimer la limitation de vitesse qui s’applique à tout le réseau routier.
Ségolène Royal: Indépendamment des considérations de sécurité qui constituent sa justification essentielle, je vois mal comment nous pourrions nous engager dans une suppression de la limitation sur les autoroutes, au moment où l’Union européenne s’apprête à proposer de réduire de 25 % à l'horizon 2012 les émissions de CO2 des voitures neuves.
François Bayrou: La modulation de vitesse sur certaines portions d’autoroute pourrait être étudiée, notamment par un relèvement du maximum de la vitesse de 20 Km/h, il ne s’agirait cependant pas d’une vitesse illimitée.
- Webcarcenter: Etes-vous d'accord pour instituer une visite médicale à partir d'un certain âge (à définir – 75 ans par exemple – pour un contrôle de vision, d'audition et cardiaque)?
Jean-Marie Le Pen: Oui. L’âge ou les modalités précises restent effectivement à définir, mais la capacité de réaction du conducteur est un facteur important de prévention.
Nicolas Sarkozy: Le problème, c’est qu’il n’existe pas d’âge absolu à partir duquel la dangerosité des conducteurs nécessite une visite médicale obligatoire. Je pense donc que c’est dans le dialogue avec son médecin traitant, que cette question doit se régler.
Ségolène Royal: Il est frappant que la notion de « jeune conducteur » soit prise en compte dans notre société, que ce soit en termes de limitation particulière de vitesse ou de primes d’assurances, mais que rien ne soit prévu pour les conducteurs à qui il arrive de perdre leurs réflexes, que ce soit en raison de leur âge ou d’une pratique de la conduite trop rare. Dans un premier temps, sous une forme à définir et dans le cadre d’une concertation avec les usagers, il me semble qu’un examen de contrôle de la conduite pourrait être envisagé à partir d’un âge qui resterait à déterminer.
François Bayrou: Conduire un véhicule demande certaines aptitudes notamment physiques, vision la nuit, réflexe, ouie, il semblerait raisonnable que passé l’âge de 70ans, l’on passe une visite médicale d’aptitude à la conduite.
- Webcarcenter: Etes-vous d'accord pour un contrôle plus sévère du comportement des camions sur autoroute?
Jean-Marie Le Pen: Oui. Il arrive de plus en plus souvent de voir des poids lourds, notamment à immatriculation étrangère et sans doute ignorant de notre code de la route, doublant sur la 3ème voie, qui leur est strictement interdite, ou déboitant sans se soucier des priorités.
Nicolas Sarkozy: Une grande partie du fret routier sur notre réseau est la conséquence d’un report du fret du centre de l’Europe chez nous en raison des mesures dissuasives adoptées par nos voisins suisses, autrichiens et allemands. Nous ne devons pas continuer à accepter cette situation. C’est pourquoi je souhaite que nous réfléchissions à la possibilité d’établir une fiscalité moins incitative au simple transit sur notre territoire, et plus juste pour les entreprises françaises.Cela pourrait prendre la forme d’une taxe kilométrique dont s’acquitteraient tous les poids lourds français et étrangers pour l’utilisation des autoroutes et du réseau routier majeur, qui serait compensée pour nos transporteurs, notamment, par la suppression de la taxe à l’essieu. Une taxe donc que tous les transporteurs paieraient, qui remplacerait une taxe que seuls les transporteurs français payent, et qui de fait réduirait le transit sur les autoroutes françaises. Tout en aidant nos transporteurs à se doter de véhicules propres, je veux ensuite développer le ferroutage et les alternatives à la route pour les transports de longue distance. Quant au contrôle du comportement des camions, il doit également s’appliquer comme pour tous les usagers de la route.
Ségolène Royal: Les camions, comme tous les véhicules, doivent respecter les règles du code de la route, et notamment celles qui leurs sont spécifiques. Ils ne doivent bénéficier d’aucune mansuétude particulière en termes de contrôle par rapport aux autres véhicules, que ce soit sur les autoroutes ou sur les autres routes.
François Bayrou: La stigmatisation de certaines catégories de conducteurs n’est pas une bonne chose, tous les conducteurs doivent être soumis aux mêmes règles de conduites, vitesse, dépassement, quelque soit le conducteurs se sont les conduites dangereuses qui doivent être bannies des comportements.
- Webcarcenter: Etes-vous d'accord pour supprimer la discrimination envers les jeunes conducteurs et attribuer le même nombre de points à tout le monde sur le permis?
Jean-Marie Le Pen: Oui, si l’on conserve le système de permis à points. Les jeunes conducteurs peuvent être soumis à certaines restrictions (limitations de vitesse par exemple) le temps qu’ils acquièrent une expérience de la conduite et de l’usage de la route. Mais à partir du moment où ils ont été jugés aptes à conduire, ils doivent bénéficier du même « crédit d’infraction » que les autres automobilistes.
Nicolas Sarkozy: Je souhaite avant tout faciliter l’apprentissage de la conduite et du code de la route. Ce qui m’importe, c’est que les jeunes soient conscients de la nécessité de conduire avec responsabilité. Il ne s’agit nullement de discriminer telle ou telle population, mais de mettre en œuvre une politique publique qui ait pour résultat moins d’accidents sur les routes. Car il s’agit de vies sauvées, dans une tranche d’âge particulièrement exposée aux accidents, et de familles épargnées. Je pense que la récente réforme du permis de conduire, qui permet aux jeunes conducteurs d’acquérir automatiquement 2 points par an pendant trois ans, au lieu de 6 au terme de la troisième année, améliore l’équilibre recherché par notre réglementation.
Ségolène Royal: Je n’y suis pas favorable, car la période probatoire a sa justification, qui est que les jeunes conducteurs ont besoin de temps pour acquérir les réflexes de sécurité. Elle est d’ailleurs réduite d’un an lorsque le jeune conducteur a suivi la formation de conduite accompagnée. En revanche, je soutiens la proposition de l’Union Européenne d’étendre l’enseignement de la sécurité routière tout au long de la scolarité. Sa mise en place permettra de sensibiliser davantage notre jeunesse à la prise en compte de l’espace public et de ses dangers. Ceci est fondamental, car les plus jeunes sont les plus exposés aux dangers qu’ils ne maîtrisent pas.
François Bayrou: Je pense que les jeunes conducteurs ne sont pas plus enclins à enfreindre les règles que les autres. Pour ceux qui commettent des infractions, ils doivent être punis mais à mon sens, ils doivent avoir dès l’acquisition de leur permis les 12 points en vigueur. Le fait d’avoir 6 points ne responsabilise pas plus.
- Webcarcenter: Etes-vous d'accord pour une amnistie des infractions n'ayant entraîné aucun accident, hors contrôle positif d'alcoolémie?
Jean-Marie Le Pen: Je suis pour l'amnistie de toutes les infractions n'ayant pas mis en danger la vie d'autrui.
Nicolas Sarkozy: Il y a quelques semaines, je me suis clairement exprimé contre le principe même de l’amnistie et cela vaut pour toutes les infractions à la loi. Je considère que ce pouvoir présidentiel est d’un autre temps et je souhaite y mettre fin. Je ne vois pas comment on peut faire dépendre l’application de la loi de la date de commission d’une infraction.
Ségolène Royal: Non. La lutte contre toutes les formes de violences est l’une de mes priorités. La violence routière est d’autant plus inacceptable qu’elle peut être jugulée par l’engagement inflexible de tous les responsables politiques à en faire un axe majeur de leur action. Je suis donc opposée à l’amnistie des infractions au code de la route, quelles qu’elles soient. La violence routière brise des familles et compromet l’avenir de notre jeunesse. Tout doit être fait pour mettre fin à ces souffrances. Les statistiques récentes montrent qu’à l’approche des élections, dans l’attente d’une amnistie, les comportements se relâchent. Cela cessera si les conducteurs savent que, quel que soit le candidat élu, il n’y aura pas d’amnistie dans ce domaine.
François Bayrou: Non, je suis opposé à toute forme d'amnistie en matière d'infractions routières, Cette amnistie serait une prime à la mauvaise conduite, si l'on veut changer les comportements en profondeur et de manière durable, il nous faut être conscient que l'élection présidentielle n'a pas pour but d'excuser les erreurs ou les fautes de certains.