Pôle Mécanique Alès-Cévennes
Le pôle tout-terrain
Par Renaud LACROIX le 27 avril 2007
La ville d’Alès, dans le Gard, était surtout connue pour ses mines. On retrouve d’ailleurs dans la cité, aujourd’hui encore, l’Ecole des Mines d’Alès, une école d’ingénieurs généralistes dont les spécialisations n’ont plus grand-chose à voir avec les carrières et les minerais.

Le circuit de vitesse est loué plus de 300 jours par an
Car la région s’est transformée au fil du temps et a dû remettre ses activités au goût du jour.
C’est ainsi qu’au milieu des années 90 il a fallu trouver comment occuper les anciens terrains dédiés aux mines de charbon à la périphérie de la ville, sur la commune de St Martin de Valgalgues.
Le premier projet consistait à faire construire une usine d’incinération de déchets mais le député-maire d’Alès Max Roustan s’est opposé à l’idée pour proposer le concept du Pôle Mécanique qui allait finalement triompher.

La « tour de contrôle » du circuit de vitesse où siège le président du Pôle
A sa création, le Pôle Mécanique Alès-Cévennes a coûté 15 millions d’euros et l’apport de subventions à différentes échelles (locale et européenne) a permis de ne rien faire dépenser au contribuable. Le Pôle dépend de la communauté d’agglomération du Grand Alès et est géré par quatorze personnes avec à sa tête Laurent Corric, l’actuel président du site.
Le Pôle a vu le jour dans le cadre d’un développement industriel et pour réunir en un même lieu des entreprises travaillant dans des domaines liés à la mécanique et l’automobile. Sa première vocation était en priorité de créer de l’emploi dans la région en louant des infrastructures à des sociétés résidentes. Il y a aujourd’hui près de soixante sociétés affiliées au Pôle qui totalisent un millier d’emplois.
Certaines se trouvent sur le site lui-même comme Scorpa, fabricant de motos trial, ou YJC Motors qui travaille sur l’optimisation électronique des véhicules. D’autres se situent dans la zone industrielle d’Alès comme Véga, fabricant de pneumatiques pour le karting.
Le Pôle couvre cent hectares qui comprennent les bâtiments, les circuits et un domaine forestier. L’attrait qu’il génère lors de compétitions sportives ou de rendez-vous automobiles s’étend à toute la région qui profite ainsi de son rayonnement économique.

Le circuit de karting d'une longueur de 1.208 m et homologué par la FIA
Mais un Pôle Mécanique sans circuit automobile n’aurait pas vraiment eu de sens. C’est pourquoi le Pôle s’est rapidement doté d’une piste de karting outdoor de 1,208 km qui s’est construite en 1999. Une manière supplémentaire d’attirer du monde puisqu’elle est louée par la société Alès Racing System. Celle-ci propose la location de karts 4 temps de 270 cm3 et de karts semi-compétition de 390 cm3 avec l’encadrement de deux moniteurs brevetés d’Etat. L’initiation pour les plus jeunes est aussi possible avec un kart biplace destiné aux baptêmes de piste.
Avec son homologation de catégorie 1 reconnue par la FFSA et la FIA, le circuit a même accueilli une manche du championnat du monde en 2003 et fait partie du calendrier du championnat de ligue cette année. ARS propose de plus chaque mois des Grands Prix ainsi que des courses d’endurance de 6 heures deux fois par an.
Les simples amateurs venus pour se détendre peuvent alors croiser de véritables pilotes dont certains n’ont pas plus de dix ans et conduisent déjà leur propre kart ! Il est en effet possible, avec une licence FFSA, de venir sur la piste avec son propre matériel pour 25 € à la journée.

Préparation minutieuse d'une voiture de rallye
En 2002, un deuxième circuit était construit sur le Pôle, cette fois-ci pour faire tourner des berlines, des monoplaces ou encore des motos. C’est à l’heure actuelle le dernier circuit automobile créé en France. Comme pour le reste des infrastructures, le Pôle Mécanique Alès-Cévennes le loue à des sociétés qui organisent divers événements. Il compte parmi ses clients des marques célèbres comme Honda, Renault Sport, Aprilia, BMW qui viennent essayer ou faire essayer leurs véhicules ainsi que des manufacturiers comme Michelin qui testent leurs gommes en conditions réelles.
En tout et pour tout, la piste de vitesse est réservée plus de 300 jours par an et de plus en plus de constructeurs, tant pour la voiture que pour la moto, viennent s’ajouter à la file d’attente pour louer le site.
Tout près du circuit de vitesse, on retrouve aussi un circuit de rallye asphalte. Très étroite et vallonnée, la piste rappelle sans ambiguïté possible les routes alésiennes que l’on prend pour s’y rendre. Elle s’est d’ailleurs forgée une certaine réputation grâce à la venue de grands noms : Marcus Grönholm, double champion du monde des rallyes, ou Peugeot Sport pour les essais de sa 307 WRC.
Le circuit rallye asphalte va de pair avec le circuit terre basé un peu plus loin, à Monteils, où sont proposés de la même façon des stages de pilotage.

L'écurie Janiec Racing Team a couru en F3 Euroseries l'an passé
Parmi les sociétés résidentes, environ une vingtaine, les activités sont très variées bien que toujours en relation avec l’automobile. L’écurie de course Janiec Racing Team a par exemple établi ses quartiers sur le Pôle où elle prépare ses Clio Trophy et sa Formule Renault depuis près d’un an. Avec son team manager et ses deux mécaniciens, elle a notamment engagé des monoplaces dans le championnat Formule 3 Euroseries en 2006.
Dans le bâtiment suivant, c’est un peu la même ambiance mais sur deux roues. Le Centre International de Pilotage gère la filière moto française auprès de la Fédération Française de Motocyclisme. Il permet l’encadrement et l’accès au plus haut niveau mondial aux jeunes espoirs tricolores.
Ceux-ci passent au travers des championnats nationaux où ils sont formés à la compétition comme dans le Challenge de l’Avenir ou le Championnat de France 125 Open. Les meilleurs sont ensuite promus à l’échelon supérieur, dans les championnats du monde, à l’image de Mike Di Meglio et Alexis Masbou qui sont coachés par des hommes du CIP. Le Centre propose par ailleurs des stages destinés aux enfants sur des « minibikes » de 50 cm3.

Un mécanicien aux petits soins pour la monoplace de son écurie
On retrouve enfin un résident un peu particulier puisqu’il fait surtout la part belle aux mécaniciens. Il s’agit de l’Institut Européen de Formation aux Mécaniques Sportives, l’IEMS, qui accueille chaque année deux promotions de stagiaires de la formation continue. Titulaires d’un bac 2 avec option mécanique ou électronique, les apprentis-mécanos suivent neuf mois de formation qu’ils complètent avec deux mois de stage. Le programme d’étude est extrêmement complet et couvre l’ensemble des domaines ayant trait à la mécanique et au sport, que ce soit dans l’automobile, le karting, la moto ou le jet-ski.
Outre l’enseignement attendu sur le fonctionnement des moteurs et des châssis, il comprend des parties sur la sécurité et la réglementation, un module sur la communication avec le pilote, des cours sur la météorologie et la préparation physique. Autant dire que les stagiaires doivent se montrer motivés et polyvalents pour obtenir la certification de Technicien Supérieur en Mécanique Sportive.
La formation est toutefois en grande partie pratique et les ateliers de l’IEMS renferment assez de belles machines de compétition pour inciter les jeunes mécanos à plonger les mains dans le cambouis. D’autre part, l’apprentissage se fait aussi sur le terrain en condition de course puisque l’Institut a apporté son concours dans plusieurs compétitions internationales telles que le championnat d’Europe d’endurance de karting ou le championnat du monde IUM de jet-ski.
Le Pôle Mécanique Alès-Cévennes est donc un concentré de sociétés qui ont pour passion commune l’automobile. Mais la diversité de celles-ci, tant dans leur nature que dans les personnes qu’elles touchent, lui permet d’assurer une réelle convivialité en offrant à chacun l’opportunité d’approcher l’automobile par le côté qui l’attire le plus.