Au volant des voitures du futur
Le futur immédiat vu par Toyota et Ford (1/3)
Par Patrice VERGES le 10 juillet 2006
Le manufacturier Michelin a organisé, il y a quelques semaines, son Challenge Bibendum.

le Challenge Bibendum, née de l'idée du regretté Edouard Michelin
Née de l'idée du regretté Edouard Michelin, cette manifestation a pour but de montrer et démontrer que si l'automobile individuelle désire continuer à se développer, elle doit s'adapter aux contraintes environnementales afin de ne pas générer des nuisances insupportables pour la société et qui freineraient son expansion.
Depuis 1998, il est devenu pour tous les constructeurs automobiles présents et autres acteurs équipementiers de la mobilité durable, un terme cher à Edouard Michelin, une vitrine des nouvelles technologies en matière d'énergie.
Nous avons pu essayer dès aujourd'hui, cinq de ces véhicules de demain qui utilisent des solutions techniques différentes.

La Prius devrait séduire plus de 4.000 acheteurs chez nous cette année, elle reste une excellente affaire pour l'usager et surtout pour la planète !
Pour Toyota, le futur, c'est déjà aujourd'hui, puisque le géant japonais est le leader en matière de véhicules hybrides loin devant son concurrent Honda. Rappelons qu'une voiture hybride est mue en gros par deux types d'énergie.
Un moteur électrique non polluant qui fonctionne uniquement aux basses vitesses notamment en ville qui est re-chargé par un classique moteur thermique utilisé sur la route. Une solution fort séduisante et de surcroît économique avec en prime une pollution urbaine qui flirte avec le zéro et un silence absolu de fonctionnement. Ce qui à l'usage serait plutôt un inconvénient car les piétons ne l'entendent pas arriver.
Hélas, le gros inconvénient, c'est le coût d'un deuxième moteur électrique et de ses batteries supplémentaires qui prennent du volume et ajoutent du poids en générant un important surcoût financier. Le pionnier Toyota a déjà vendu plus de 600.000 voitures hybrides dans le monde dont 500.000 Prius et prévoit d'en produire bientôt un million par an grâce à une gamme qui ne cesse de se développer.
Après la Prius , berline moyenne 1600 cm3 110 ch, la gamme a été complétée par le 4X4 Lexus 400h et depuis peu par la bluffante berline 450h. En moyenne, selon l'utilisation, la Prius consomme environ 2 litres d'essence de moins que ses rivales de même cylindrée, un chiffre qui grimpe à plus de 5 litres sur le RX400.
La Prius devrait séduire plus de 4.000 acheteurs chez nous cette année. C'était d'ailleurs à Paris, la voiture personnelle d'Edouard Michelin qui l'appréciait particulièrement dans les encombrements. Bien entendu, une voiture hybride coûte plus cher à produire qu'une thermique puisque la Prius vaut 25.550 € ce qui est cher pour un véhicule de ce segment. Fort heureusement, le gouvernement français propose une aide fiscale sous forme de crédit d'impôt de 2.000 € pour les véhicules propres.
En prime, Toyota rajoute généreusement et ponctuellement 2.000 € ce qui fait dire perfidement aux concurrents de Toyota que le Japonais achète à prix d'or ses parts de marché. Toyota rétorque la main sur le cour que construire des véhicules hybrides à haute cadence est devenu une activité rentable. A ce prix, la Prius est une excellente affaire pour l'usager et surtout pour la planète !

Notre ministre Thierry Breton s'est enfin rendu compte qu'il ne pouvait pas rester sourd à cette nouvelle technologie
En matière de biocarburant né du carburant vert issu de l'agriculture, la France a pris un énorme retard par rapport aux pays voisins. En effet, l'état n'autorisait jusqu'à présent que 2% à 5% d'ajout de carburant vert dans l'essence ou le gazole (Diester).
C'était certainement pour un problème fiscal car pour être compétitifs sur le marché, les bio-carburants ne peuvent pas être taxés au même taux de 70% que le carburant fossile traditionnel. Pourtant pour se libérer des pressions des producteurs de pétrole, le Brésil a été le leader en matière de biocarburant puisque 80% des voitures fonctionnent au bioéthanol issu de la cane à sucre.
Notre ministre Thierry Breton s'est enfin rendu compte qu'il ne pouvait pas rester sourd à cette nouvelle technologie. Il a annoncé qu'il allait enfin autoriser la vente du E85 dans notre pays. Il s'agit d'un carburant utilisant seulement 15% d'essence contre 85 d'éthanol pur issu de la distillation du sucre de nos betteraves ou pommes de terre.
Avec Saab, Ford, est l'un des pionniers de ce type de carburant puisqu'il a vendu à plus de 20.000 exemplaires ses voitures fonctionnant au E85 en Suède. Il propose depuis quelques mois sur notre marché des Focus et C-Max Flexi Fuel. Contre 350 Euros supplémentaires, son 1800 cm3 de 125 ch reçoit en usine une culasse, injection, alimentation modifiés pour supporter l'éthanol. Cela ne l'empêche pas de fonctionner actuellement au Super 95 puisque aucune pompe de E85 n'existe en France sauf à titre expérimental dans la Marne.
Au volant du C-Max Bioflex on ne perçoit aucune différence avec un modèle fonctionnant au Super 95 excepté une consommation accrue de 25% au minimum. Ce qui n'est pas rien ! Reste à déterminer à quel prix théorique le gouvernement français va proposer le carburant E85. En Suède ou Allemagne, il est fixé à environ 0,80 à 0,90 €.
Pour le démocratiser, car c'est une solution à l'après pétrole, l'Etat devrait appliquer les mêmes tarifs afin qu'il soit rentable par rapport à sa surconsommation. Mais, on rentre dans le fameux double langage de l'Etat. Tout en souhaitant son succès pour se donner un beau visage soucieux de la protection de l'environnement afin de flatter ses électeurs surtout écolos, il ne souhaite pas trop sa démocratisation à cause des pertes fiscales. C'est le cas actuel du GPL beaucoup moins polluant que l'essence dont le succès a été brisé par la quasi-suppression de l'aide fiscale sous prétexte de pollution.
