Permis à points : Dispositif pour sauver des vies ou pompe à fric ?

Après avoir rapporté 106 millions d'euros en 2004, les radars automatiques ont engendré 205 millions d'euros en 2005
Avec la prolifération des radars automatiques, la tolérance zéro réclamée au plus haut-niveau permet aux caisses de l'Etat de se remplir allégrement.
Car s'il est légitime de sanctionner les grands excès de vitesse, une des principales causes d'accidents mortels, il devient en revanche beaucoup plus rageant de se voir sanctionner pour un dépassement de la vitesse autorisée de seulement quelques kilomètres/heure.
Or c'est justement la catégorie d'infraction qui a connu la plus forte croissance entre 2003 et 2004, et la tendance devrait être identique en 2005.
On note une multiplication des relevés d'excès de vitesse de moins de 20 km/h ( 85 %) engendrée par le développement du contrôle-sanction-automatisé. Le temps où les gendarmes se contentaient d'un rappel à l'ordre pour un petit dépassement de la vitesse autorisée semble de plus en plus révolu.
Et cette politique permet aux autorités d'engranger des recettes en croissance continue. Après avoir rapporté 106 millions d'euros en 2004, les radars automatiques ont engendré 205 millions d'euros en 2005 (sans prendre en compte le lucratif marché des stages de sensibilisation à la sécurité routière pour récupérer les points de son permis). Les machines à flasher ont dressé plus de 4 millions de PV pour excès de vitesse, 500 fois plus que les contrôles traditionnels. Les boîtes grises les plus rentables génèrent plus de 450 PV par jour !
D'ailleurs, le positionnement de certaines de ces cabines fait débat. Moins de 17 % des radars produisent en effet près de 40 % des contraventions, preuve que certaines boîtes grises sont placées à des endroits plus rentables qu'accidentogènes.

En vigueur depuis 1992, le dispositif n'a jamais apporté la preuve directe de son efficacité en matière de sécurité routière
Bien qu'on puisse reprocher au permis à points et aux radars automatiques de traiter les automobilistes comme des « vaches à lait », on ne peut pas occulter la nette amélioration des chiffres de la sécurité routière. Sur les trois dernières années, le nombre de victimes de la circulation a diminué de 30,6 %.
Pour la première fois depuis les années 1950 (où la circulation était 30 fois moindre), les chiffres définitifs présentés par le gouvernement font état de moins de 5.000 morts sur les routes (4.975 exactement). La courbe du nombre d'accidents corporels est d'ailleurs proportionnellement inverse à celui de l'instauration des nouveaux radars. Depuis 2002, on est passé de 20 à près de 14 tués par jour selon les chiffres de l'observatoire interministériel à la sécurité routière.
« Les trois-quarts de la baisse des accidents est attribuable à la mise en place du contrôle automatisé » , analyse Jean Chapelon, secrétaire général de l'Observatoire national de sécurité routière. Les accidents à proximité des radars ont en effet très fortement baissé : de l'ordre de 45 % pour les accidents corporels et de 70 % si on s'intéresse aux seuls accidents mortels. Mais s'il est évident que les radars ont joué un rôle important dans cette amélioration, la légitimité du permis à points reste à démontrer. En vigueur depuis 1992, le dispositif n'a jamais apporté la preuve directe de son efficacité en matière de sécurité routière.

99.795 conducteurs ont suivi un stage de récupération de points en 2005
Première conséquence de la répression menée actuellement : le marché des stages de rattrapage a explosé ! 99.795 conducteurs ont suivi un stage de récupération de points en 2005 alors qu'ils étaient 67.449 en 2004 et à peine 20.000 en 2001.
On dénombre aujourd'hui 1.204 centres agréés contre 580 en 2000. Mis en place dès 1992, ces stages font l'objet de nombreuses dérives. Malgré leur utilité, l'insuffisance de contrôle et la concurrence que se livrent auto-écoles, associations et autres sociétés sur ce marché juteux expliquent le désordre qui règne dans le secteur.
Organisés sur deux jours et tarifés 230 euros en moyenne, il n'est pas rare qu'ils se déroulent dans des salles non-adaptées, sans respect des conditions de sécurité ni même du nombre maximal de stagiaires par session (20) ou même à proximité de débitants de boisson pour favoriser la consommation d'alcool !

